Le Maroc paralyse les institutions de l’Union et bloque les relations bilatérales avec l’Algérie

Constance, détermination et action. La diplomatie algérienne en 2009
Par Achour Cheurfi
La brillante qualification des Verts pour la coupe du monde, un parcours du combattant, a été vécue par toute la nation algérienne comme une communion nationale. Une immense sensation de fierté a envahi des millions d’hommes et de femmes, d’enfants et d’adultes et qui ont affirmé dans une allégresse communiante leur appartenance à un pays, une nation, une histoire, une mémoire et un projet en devenir. Jamais rencontre footballistique n’a suscité autant d’émotion, de sensations fortes, de suspens, de rebondissements, de crises de nerfs, de communion, de solidarité, de fraternité. Jamais une réalisation sportive n’a suscité autant de ferveur populaire, d’enthousiasme patriotique, de rêve. La jeunesse algérienne a montré, en fin de compte, à elle-même d’abord, et au reste du monde ensuite, qu’elle est bien capable de s’investir positivement et d’aller le plus loin possible sur le chemin du succès. Oui assurément ce 18 novembre 2009 marquera des générations entières. Moment d’autant plus fort et d’autant plus intense qu’il est partagé par toutes les autres nations arabes, du Maghreb au Machreq.
Un geste fort et une belle communion nationale
Si cette victoire a été possible c’est bien parce que sa préparation sur tous les plans, physique, psychologique, médiatique et diplomatique a été menée à bien surtout quand on sait précisément le caractère décisif de la compétition et les conditions dans lesquelles elle allait avoir lieu, c’est-à-dire dans un milieu dont l’agressivité n’a jamais été égalée. A l’évidence, l’adversaire du jour n’a pas lésiné sur les moyens. La guerre médiatique a commencé bien des mois avant et a abouti, au Caire, à la veille du match, à une agression caractérisée de notre formation nationale. Une agression caractérisée, preuve à l’appui, car filmée avec la présence de nombreux témoins. L’acte est grave. Très grave. En signe de protestation, l’option du rapatriement de l’équipe nationale est retenue. Du côté égyptien, une course contre la montre est engagée pour convaincre les Algériens de jouer. Djamel, le fils du président égyptien Hosni Moubarak, se rend personnellement à l’hôtel des Verts, présente des excuses officielles en minimisant l’attaque. La délégation algérienne refuse poliment. La Fédération internationale de football est saisie. L’affaire tient les deux pays en haleine et ce n’est que peu avant minuit, lorsque le président égyptien appelle son homologue algérien, présente ses regrets sur l’agression contre l’équipe et s’engage à protéger la délégation algérienne en envoyant sa propre garde rapprochée que le maintien du match au Caire est accepté.
Le lendemain, la FIFA confirme et demande aux autorités égyptiennes de fournir «des garanties écrites confirmant le renforcement permanent des mesures de sécurité nécessaires autour de la délégation algérienne ». La suite des événements a montré que les Egyptiens n’ont pas tenu leur parole. Les blessures des joueurs ont affecté le rendement de l’équipe algérienne qui a été ainsi défaite par 2-0 mais l’hostilité des supporteurs égyptiens n’a pas disparu, car des supporters algériens ont été lynchés à la sortie du stade, dans les rues du Caire désertées par la police. Dans une formule laconique dont il excelle l’usage, notre ministre de l’Intérieur dira tout simplement « les autorités égyptiennes n’ont pas voulu coopérer ». Tout est dit. Les Pharaons d’Egypte venaient d’obtenir une victoire à la Pyrrhus et se voyaient déjà en Afrique du Sud d’autant plus que le match d’appui allait se dérouler dans le pays de leur choix, à savoir le Soudan voisin.
Le savoir-faire diplomatique de Bouteflika
C’est là où les Algériens les attendaient de pied ferme et où le président de la République allait dévoiler tout son savoir-faire diplomatique. Son geste d’offrir des tickets gratuits pour l’accès au stade et une réduction du prix du billet d’avion pour Khartoum, est d’autant plus fort qu’il vient à point pour soutenir le moral d’une équipe nationale meurtrie par l’épreuve cairote. La décision d’établir un pont aérien entre Alger et Khartoum a été rapide et d’une extrême efficacité, grâce à une mobilisation exceptionnelle de la compagnie Air Algérie. Elle a eu pour effet immédiat la libération de la rue algérienne du double choc de la défaite et de l’agression. L’exemplaire collaboration des autorités soudanaises en accueillant des milliers de supporters algériens ainsi que l’hospitalité et la sympathie du peuple de Khartoum vont redonner aux Verts confiance et sérénité. Le match promet d’être passionnant. L’audimat des chaînes arabes explose avant, pendant et juste après. Sur le terrain, l’équipe nationale a révélé son brillant talent, sa haute technicité, sa parfaite discipline, son exemplaire rigueur, son enthousiasme, son professionnalisme et son patriotisme. Face à des Pharaons qui se sont crus imbattables, voire invincibles, les jeunes Fennecs ont réalisé le miracle, celui d’avoir offert un moment de bonheur au peuple algérien et de faire rêver longtemps encore des millions de jeunes, en Algérie, dans les pays arabes et partout ailleurs. Moment frustrant pour les autorités égyptiennes qui acceptent d’autant plus difficilement la défaite qu’ils ont fait croire longtemps, « aux 80 millions d’Egyptiens », grâce à un matraquage médiatique intensif, que leur victoire est acquise. Ce qui explique mais ne justifie en rien la continuation d’une campagne haineuse contre l’Algérie dont les autorités et à leur tête le président de la République, font preuve d’une grande retenue estimant, à juste titre d’ailleurs, que le sort d’une compétition sportive ne saurait décider des relations entre deux pays frères, quitte à subir les critiques de compatriotes leur reprochant un manque de fermeté face aux « insultes et aux menaces égyptiennes », voire une « dangereuse complaisance ». Bien plus, à ceux d’ici et d’ailleurs, qui tentent de pousser au conflit ouvert avec le Caire, la diplomatie algérienne qui privilégie l’argument sur la passion, l’apaisement à la surenchère, le dialogue et la concertation sur la rupture et la confrontation, ne fait pas de concession quant à la protection de ses intérêts et la défense de ses ressortissants.
Triomphe de la « Gandhi » sahraouie
La gestion de ce dossier singulier comme sa position sur d’autres questions témoignent d’une constance et d’une fidélité qui lui a procuré respect, soutien et reconnaissance. Il en est ainsi de la construction maghrébine ou encore de la question sahraouie sur lesquelles la diplomatie algérienne a toujours développé des positions d’une remarquable clarté. L’engagement de l’Algérie dans le processus d’une union maghrébine ne relève nullement de calculs politiciens, mais d’une forte conviction que l’émergence d’un tel ensemble répond à une vision stratégique et à une aspiration populaire. Pour le moment, la question du Sahara occidental est avancée, notamment par le Maroc qui occupe ce pays depuis 1975, pour paralyser les institutions de l’Union et bloquer les relations bilatérales avec l’Algérie. Dans chacun de ses messages, le président Abdelaziz Bouteflika ne manque jamais d’appeler le roi Mohammed VI à voir autrement ces relations, particulièrement en les dissociant du conflit sahraoui, désormais entre les mains de l’ONU, et en privilégiant l’aspect bilatéral qui est incontournable pour la stabilité dans la région. Or l’entêtement du Maroc à imbriquer deux questions diamétralement distinctes, découle de sa politique de défi et d’intransigeance au risque d’entretenir un climat de tension dans toute la région. Et pour cause, à chaque fois que sa politique du fait accompli et de la fuite en avant est battue en brèche, il montre du doigt l’Algérie. Comme le cas d’Aminatou Haïder, la militante sahraouie sans concession des droits de l’homme qui a réussi, après une grève de la faim qui a duré plus d’un mois, à rentrer chez elle à Laayoune, pour retrouver son foyer et ses deux enfants, grâce à son courage et sa détermination qui ont plongé le régime marocain dans un profond désarroi et placé la question sahraouie au cœur même du système de gouvernance mondiale et de ses valeurs fondamentales, tout en tissant de manière plus durable la chaîne de solidarité contre l’injustice, pour la paix, la liberté et la dignité humaine. Ceci d’autant plus que le cas d’Aminatou, pour emblématique qu’il soit, ne constitue en fait que la partie émergée de la dune. Si la répression a entretenu le silence durant des décennies dans les villes de Laayoune, Dakhla et Smara, les principales villes du pays, désormais, le mur de la peur a été cassé par les sahraouis qui maintenant osent manifester et clamer le droit de leur peuple à choisir son destin. L’emprisonnement, la torture ou l’expulsion n’éteigneront jamais la flamme insurrectionnelle.
Le droit à l’autodétermination
L’Algérie qui soutient de manière franche et inconditionnelle la cause sahraouie comme elle a toujours soutenue toutes les causes similaires de libération nationale, insiste sur la primauté du droit et le respect de la légalité internationale. « Il n’existe pas d’alternative juste et viable à la décolonisation du Sahara occidental en conformité avec le droit international. L’Algérie demeure attachée à cette exigence de justice et elle continuera à s’investir pour la satisfaction du droit incontournable du peuple sahraoui à disposer de lui-même. Elle ne ménagera aucun effort pour apporter sa contribution à une dynamique de paix s’inscrivant dans l’optique du parachèvement du processus de décolonisation du Sahara occidental », a affirmé le président Bouteflika dans de nombreux forums nationaux, régionaux ou internationaux.
Copenhague, station ou terminus ?
A propos de la problématique des changements climatiques, la position de l’Algérie formulée par le président de la République exige le respect de deux types d’engagement : celui des pays industrialisés de faire des propositions concrètes et ambitieuses pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre et celui des dirigeants africains pris en janvier 2007, à intégrer la question dans les stratégies et programmes nationaux de développement, et ce en raison de la vulnérabilité de l’Afrique et de moyens pour faire face à leurs effets néfastes. L’Algérie qui a assuré la présidence du groupe africain dans ce domaine, a apporté sa contribution pour « la formulation d’une position africaine commune », qui avait culminé avec l’organisation de la Conférence d’Alger en novembre 2008. Pour le président Bouteflika, à l’instar de la réforme des Nations unies et la formulation et l’adoption de la décision d’Ezulwini (à travers lequel le continent revendique deux sièges permanents avec droit de veto et deux sièges non permanents sur la base de la rotation), l’Afrique « doit préserver son identité et aller à Copenhague forte d’une position commune similaire qui reflète sa propre vision et des intérêts intrinsèques ».
L’Algérie a participé activement à la conférence de Copenhague et a coordonné la prise en charge de la position commune africaine en sa qualité de présidente du Groupe africain des négociateurs du climat, conformément au mandat ministériel qui lui a été confié par la réunion du comité des 10 chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine, le 16 novembre dernier. L’effort déployé par notre pays, lors de ce sommet planétaire en vue d’aboutir à un accord équitable selon les principes de la convention et du protocole de Kyoto, a été salué par le président du groupe des 77+1 (la Chine), le Soudanais Ibrahim Mirghani Ibrahim, qui a déclaré à l’agence Aps que le groupe qu’il représente « est fier de l’Afrique, notamment de l’Algérie dont le rôle demeure déterminant quant à la cohésion de la position du continent». Il ajoute : « j’adresse notamment mes félicitions au président de la République algérienne, M. Abdelaziz Bouteflika, pour tout ce que fait la délégation de son pays en faveur de l’Afrique à l’occasion de ces négociations de Copenhague ».
La capitale danoise qui a abrité (du 7 au 18 décembre) la 15éme Conférence onusienne sur le climat, a pour objectif de définir des règles contraignantes pour lutter contre le réchauffement planétaire, réussira-elle à conclure un accord qui soit à la fois consensuel et applicable ? Certes, la prise de conscience d’une crise globale de l’environnement est de plus en plus aigue au sein des opinions publiques et jamais les voix n’ont été aussi nombreuses pour réclamer la limitation, voire, à terme, l’élimination des blocages majeurs à un véritable accord politique mondial (et contraignant) sur le devenir de l’humanité et la vie sur la planète, mais les grands pays industrialisés en premier lieu, les deux principaux pays émetteurs de gaz à effet de serre que sont les Etats-Unis et la Chine ensuite, n’ont pas fait les concessions nécessaires. Le monde attendait des actes, un engament ferme, un agenda à respecter et une définition précise des moyens d’y parvenir. A Copenhague, il y a eu surtout des promesses. C’est ce qui se reflète dans le résultat final du sommet : les 193 nations représentées ont approuvé un accord politique et non contraignant pour limiter le réchauffement climatique à maximum 2°C. L’égoïsme des plus grands a prévalu. Alors, Copenhague, station ou terminus ? L’espoir suscité par ce sommet, va-t-il se transformer en une masse d’inquiétudes qui va nourrir davantage la méfiance entre les principaux protagonistes ? Les divergences de vision vont-elles mettre en péril le projet commun de lutter collectivement contre le réchauffement climatique et sauver ainsi notre planète? Les engagements du protocole de Kyoto prennent fin en 2013. D’ici-là, y aurait-il, à Bonn ou à Mexico, un sursaut de la conscience et de la volonté des plus grands pour s’assumer et permettre au monde d’espérer encore ?
EL DJAZAIR