Affaire Garzon: une ONG marocaine solidaire du magistrat

Le CMCA avait sollicité de Garzon d’élargir le champ de ses investigations aux cas de disparition dans les rangs des soldats marocains enrôlés dans les forces de Franco. Les ennuis du juge Baltazar Garzon avec la justice de son pays ont fait réagir le Centre marocain pour la mémoire commune et l’avenir (CMCA) de la mémoire d’Abdeslam Boutayeb. Une pétition dénonce ainsi le veto des milieux conservateurs contre les tentatives du magistrat d’enquêter sur les crimes commis durant les années de la dictature de Franco. Dans un communiqué, le Centre exprime son «indignation» de la décision des tenants de la justice en Espagne qui ont interdit à Garzon toute enquête sur la vérité de ce qui s’est passé durant les années où Francisco Franco régnait en maître absolu en Espagne. Dans des déclarations à la presse, Boutayeb assure que «le travail effectué par le juge demande une réponse claire en faveur ou contre l’impunité et nous au centre marocain pour la mémoire commune et l’avenir, nous nous prononçons contre». Toute en exprimant sa totale «solidarité inconditionnelle avec toutes les victimes du franquisme», le communiqué annonce que le CMCA avait sollicité de Baltazar Garzon d’élargir le champ de ses investigations aux cas de disparition dans les rangs des soldats marocains enrôlés dans les forces de Franco. Le Centre marocain pour la mémoire commune et l’avenir n’a pas cessé de revendiquer, à plusieurs occasions au gouvernement espagnol d’établir une liste de tous les disparus marocains ayant participé à la guerre civile en Espagne (1936-1939) et par la même occasion indemniser leurs ayants droit. Le CMCA a été créé en juin 2008 par des intellectuels et des militants des droits de l’Homme. Il s’intéresse également aux enfants disparus durant la guerre civile en Espagne. Dans des déclarations à la presse, Abdeslam Boutayeb estime leur nombre à «10.000 enfants». De même qu’il compte aborder les bombardements aux gaz toxiques dans le Rif pour réprimer la guérilla conduite dans les années 1920 par Abdelkrim Khattabi. Le cas de Baltazar Garzon est bien particulier. Celui ci jouit d’une réputation à l’échelle internationale, fruit de son mandat d’arrêt lancé contre l’ancien dictateur chilien Augusto Pinochet ou encore des têtes d’affiche de la dictature en Argentine et est dans l’incapacité de rééditer le même exploit en Espagne. Les effets de la cure d’amnésie prescrite à la société espagnole au lendemain du décès de Franco sont toujours là. Baltazar Garzon a été forcé de quitter l’Espagne pour un «exil» à la Cour pénal international. Là au moins, il aura le loisir de chasser les dictateurs sans risquer d’aller sur le bûcher.
Le Soir Echos,
24.05.10