Rapport sur la bonne gouvernance: le Maroc épinglé par Transparency International

L’organisation internationale pour la lutte contre la corruption «Transparency International» a publié dimanche 9 mai un rapport intitulé «Une opportunité pour la bonne gouvernance» et qui fait suite aux évaluations indépendantes du «National Integrity system» menées dans quatre pays, à savoir l’Egypte, le Liban, la Palestine et le Maroc.
Le rapport de Transparency International rappelle ainsi que les piliers d’une bonne gouvernance sont principalement l’évaluation du pouvoir judiciaire, de l’exécutif, du travail effectué par les organismes de surveillance de la corruption, par les secteurs publics et privés, par les médias ainsi que l’évaluation du rôle de la société civile.
Le constat est sans appel : «Dans les quatre pays concernés, il manque des systèmes forts d’évaluation des responsabilités publiques et les lois anti-corruption existantes sont appliquées de façon trop irrégulière».
Cependant Transparency international souligne également les différences qui existent entre les situations des pays en question. Concernant le Royaume, «il existe peu de restrictions envers la société civile, mais il n’y a pas suffisamment de rapports entre société et gouvernement».
Conclusion : beaucoup de chemin reste à parcourir notamment dans la promotion de l’accès à l’information. Le rapport de Transparency International révèle ainsi que les concepts anti-corruption demeurent trop méconnus des citoyens ordinaires et de l’ensemble des acteurs de la société civile. «Cette situation constitue un énorme challenge, d’abord car il faut instaurer un cadre législatif anti-corruption digne de ce nom, ensuite il faut rompre avec l’idée reçue selon laquelle la corruption n’est qu’un business comme les autres », affirme l’organisation internationale.
Autre faille soulignée, celle de l’absence de médiateur disposant de pouvoirs suffisants pour être non seulement le représentant des citoyens mais aussi le porte-parole de leurs revendications.
Par ailleurs, depuis la fin de l’année 2009 et la date de révélation de l’indice de perception de la corruption, tous savaient que le Royaume avait dégringolé dans le classement de Transparency international passant de la 80e place en 2008 à la 89e en 2009. Avec un score de 3.3 sur 10, le Maroc continue de se situer dans la zone dite «rouge» en terme de perception de la corruption. Autre mauvais indice, celui de l’intégrité globale. Avec un score de 48, le Royaume se situe dans la tranche inférieure à 60, synonyme de «très mauvaise intégrité». Le Maroc se classe ainsi derrière l’Egypte et son score de 54 mais également derrière la Palestine et le Liban dont les scores sont de 53.
Néanmoins, il n’y a pas que des ombres au tableau dressé par Transparency International. Ainsi, l’organisation rappelle la création par le gouvernement marocain de l’Instance nationale contre la dilapidation des biens publics qui «bien que limitée dans l’exercice de ses pouvoirs, joue un rôle de conseil envers les acteurs non gouvernementaux ainsi qu’envers la politique pour empêcher autant que possible la corruption». Une assertion nuancée par le rappel que «là où les organismes de surveillance publics existent, leur rôle est souvent faible et inefficace».
Finalement la seule avancée de taille pour le Royaume semble être le rôle joué par Transparency Maroc qui « surveille activement l’élaboration du budget de l’Etat » et qui a fait une évaluation indépendante de l’intégrité nationale.
Le rapport de Transparency international se conclut par une série de recommandations destinées aux quatre Etats concernés. Ces derniers sont invités à renforcer les pouvoirs de leurs organismes de surveillance, à associer plus activement les citoyens à la gouvernance, à respecter la liberté d’association et les droits fondamentaux de leurs habitants, à associer les médias au processus d’élaboration des politiques publiques, à introduire une protection des informateurs et un accès à l’information législative.
L’organisation internationale exhorte également les Etats à promouvoir l’application de la Convention internationale des Nations unies contre la corruption que tous ont ratifiée.
Libération, 12 mai 2010