Le FFS se vend au Maroc. Ses dirigeants s’attaquent à l’Algérie à partir de Rabat.

Karim Tabbou, en zélateur porte-voix, prendra le relais en passant deux fois sur les chaînes marocaines de télévision en l’espace de quinze jours, pour confirmer les accointances mystérieuses et non moins douteuses du vieux parti algérien de l’opposition avec Rabat : plaidoyer pour la réouverture des frontières, critique véhémente du Polisario, mise en cause du régime algérien…Dans sa dernière prestation, Tabbou pousse l’outrecuidance jusqu’à qualifier la fermeture des frontières, décidée par les autorités algériennes en 1995, d’«atteinte à l’esprit de la déclaration du 1er Novembre». Il ne manquera pas, sur sa lancée, de dénigrer le pouvoir algérien sur la question des droits de l’homme, en avançant des chiffres fantaisistes, et pour le moins irrationnels, sur le nombre de victimes de la «guerre civile» : 200 000 morts «et autant de disparus», assène-t-il sans sourciller. Sur la question sahraouie, l’impénitent Tabbou soutient que les Sahraouis seraient mieux considérés sous le joug marocain et apporte un soutien irresponsable à la position officielle de Rabat sur cette épineuse question qui, comme tout le monde le sait, divise depuis longtemps le Maroc et l’Algérie. Rappelons que Rabat rejette toujours le principe d’autodétermination au peuple sahraoui, pourtant adopté par le Conseil de sécurité des Nations unies, en posant son projet d’autonomie des territoires occupés comme un fait accompli, tout en cherchant, à tout prix, à impliquer Alger dans un dialogue «ouvert et direct» sur cette question. Le dirigeant du FFS n’omet pas d’encenser le régime alaouite. En juillet 2009, dans une déclaration à l’hebdomadaire pro-marocain, Jeune Afrique, il affirmait que le Maroc avait réalisé des «avancées très significatives» dans le champ des libertés. Il se félicitait notamment du fait que le Royaume ait «solennellement reconnu le pluralisme linguistique, la place de l’amazighité, ce qui constitue, pour nous, Algériens, un exemple à méditer». A ce rythme, le parti d’Aït-Ahmed finit par apparaître comme un relais de la politique marocaine, en se démenant avec une ferveur rare pour la défendre devant l’opinion internationale et notamment maghrébine. Au point que les observateurs, à Alger, commencent à s’interroger sur les véritables motifs de cette collusion et sur le timing choisi pour lancer cette campagne anti-algérienne à partir du Maroc où différents médias offrent gracieusement leurs tribunes aux «opposants» algériens. Tout a commencé en mai 2008. En acceptant l’invitation de la chaîne franco-marocaine Médi 1 Sat, pour répondre au grand journaliste égyptien Hassanaïne Haykel, Hocine Aït-Ahmed est venu ainsi à la rescousse du roi du Maroc, Mohammed VI, dont le père Hassan II a été accusé de complicité avec les services français dans le détournement le 22 octobre 1956 d’un avion marocain, transportant de Rabat à Tunis, cinq des chefs historiques de la Révolution algérienne. Dans l’entretien, le leader du FFS, en tant qu’une des victimes du détournement de l’avion en question, blanchissait ainsi Hassan II de toute implication dont il avait été accusé dans une série historique diffusée par la chaîne de télévision Al-Jazeera, en soutenant que le détournement de l’avion incombait au Sdece. En effet, le leader du FFS a affirmé que le changement d’appareil avait eu lieu à sa demande, après qu’il eut fait état au prince héritier de ses «craintes» de faire «prendre des risques» au roi Mohammed V, en le faisant voyager dans le même avion que les dirigeants algériens, poursuivis par les services français. Cette promptitude avec laquelle le leader du FFS avait réagi aux révélations de Haykel, en a laissé pantois plus d’un, en Algérie. Sa réaction, faut-il le rappeler, a été immédiatement reprise par la presse parisienne. Ce qui ajoute à cette suspicion dont le FFS n’a jamais pu se départir.
Moussa M.
La Nouvelle République