Union pour la Méditerranée: Palestine et Sahara Occidental au sommet de Barcelone

A l’approche du 2e Sommet de l’UPM, prévu le 7 juin à Barcelone, les députés européens viennent rappeler que la paix et la prospérité en Méditerranée sont tributaires de la résolution du conflit israélo-palestinien, de ceux du Sahara Occidental et de Chypre. Les questions palestinienne et sahraouie ont fini par émerger à la surface des flots de la Méditerranée, cette mer commune à l’Europe et à l’Afrique du Nord d’Ouest en Est. L’Union pour la Méditerranée (UPM), bâtie sur le constat de l’échec du processus de Barcelone lancé en novembre 1995, s’est voulu plus pragmatique en privilégiant à sa naissance, à Paris en juillet 2008, une stratégie de partenariat économique ciblé, reléguant au second plan les urgences politiques qui piègent la construction d’une paix durable, particulièrement au sud de la Méditerranée. Malheureusement, la réalité des faits n’arrête pas d’interpeller l’Europe sur l’absurdité à vouloir construire avec ses partenaires du sud une vaste zone de paix et de partage basée sur des injustices présentes et historiques, qui condamnent des peuples de cet espace méditerranéen à la domination coloniale, voire à terme à leur disparition. «Il ne pourra y avoir de succès plein et entier de l’UPM sans la résolution des différent conflits régionaux», ont déclaré, mercredi soir, les députés de la Commission des Affaires étrangères du Parlement européen (PE) par la diffusion d’une déclaration adoptée à la quasi-majorité de ses membres. Les députés citent clairement ces conflits : «Les députés soulignent que les conflits régionaux, et notamment le conflit israélo-palestinien, mais aussi ceux de Chypre et du Sahara Occidental, ne doivent pas freiner la possibilité d’avancer concrètement vers des coopérations sectorielles et multilatérales.» Ainsi, à l’approche du 2e Sommet de l’UPM, prévu pour le 7 juin prochain à Barcelone, les élus européens marquent leurs inquiétudes sur son issue dans le cas d’une impasse du sommet sur les questions vitales de la Palestine, du Sahara Occidental et de Chypre. La déclaration de la Commission des Affaires étrangères a reçu l’appui, il faut le noter, de l’ensemble des groupes politiques du PE. Précisons que cette déclaration a été prise sur proposition du député socialiste français Vincent Peillon, au nom du groupe des socialistes, et a été soutenue par le groupe des démocrates. Par ailleurs, la déclaration critique, avec un style indirect (diplomatie oblige), le mode de coopération adopté, au nom de l’UPM, par certains partenaires et qui brouille la démarche et les objectifs du projet euro-méditerranéen. «En privilégiant les relations bilatérales au détriment d’une approche globale, cette politique n’a pas permis de contribuer à un processus d’intégration et de réformes significatives dans la région en termes d’avancées démocratiques». C’est une référence claire aux coopérations bilatérales faites au nom de «l’intérêt économique» au détriment des injustices contre les peuples, y compris par les gouvernants antidémocratiques, et il y en a, des pays du Sud méditerranéen. Cette «sortie» exceptionnelle des élus européens coïncide avec une série d’activités ayant pour thème la tenue du Sommet de Barcelone. C’est ainsi que le Comité des régions de l’UE, le Conseil économique et social européen (CESE), l’Assemblée parlementaire euro-méditerranéenne (APEM), des représentant de la Commission européenne, etc. sont invités le 12 mai au Parlement européen par l’Institut Thomas More et la fondation Confrontation Europe, deux associations paneuropéennes, à un séminaire sur l’UPM avec l’intitulé: Quelle relance après le Sommet de Barcelone? Juste avant, soit le 3 mai, une pléiade d’hommes politiques et d’intellectuels européens, y compris proches d’Israël, vont débattre, au sein du Parlement européen, avec d’autres politiques, journalistes et citoyens du conflit israélo-palestinien. On note la présence du député d’Europe Ecologie, Daniel Cohn-Bendit, de l’ancien ambassadeur d’Israël en France, Elie Bernavi, de David Chemla, de Bernard-Henri Lévi ainsi que du nouveau lobby américain «pour Israël et pour la paix», etc. Ces personnes ont déjà lancé une pétition internationale, en particulier vers les citoyens européens, pour faire pression sur Israël pour l’arrêt des colonies en Palestine, particulièrement dans Jérusalem-Est. On note dans le texte soumis à la signature que «l’implantation des colonies dans Jérusalem-Est est une erreur politique et une faute morale». Ou encore «L’alignement systématique sur la politique du gouvernement israélien est dangereux, car il va à l’encontre des intérêts véritables de l’Etat d’Israël». Enfin, les initiateurs de cette campagne clament haut et fort leur devise de «deux Etats et deux peuples» vivant côte à côte dans la paix et le respect. Le propos ici n’est pas de préjuger des intentions intimes des uns et des autres, mais de noter cette «agitation» fébrile à moins de six semaines du 2e Sommet de l’UPM. Quelle que soit la tournure que prendront les choses dans les jours à venir, et quels que soient les discours des premiers responsables politiques européens sur l’avenir commun euro-méditerranéen, il est clair que la paix, la prospérité et l’échange partagé ne peuvent être, un jour, une réalité sans que les peuples palestinien et sahraoui ne jouissent de leurs droits, de leur liberté et de leur Etat. C’est l’examen principal, au coefficient politique exponentiel, qu’auront à affronter les chefs d’Etat et de gouvernement des 44 pays de l’UPM, le 7 juin à Barcelone.
Le Quotidien d’Oran