Terrorisme d’Etat au Maghreb

Dans l’appelée « Affaire Belliraj », se trouvent 35 inculpés et condamnés. Parmi eux: Moustapha Al Moatassim (condamné à 25 ans de prison) et Mohamed Amine Al Rakala (25 ans de prison), président et porte-parole du parti al-Badil al-Hadhari (Alternative citoyenne); Mohamed Al Marwani, le président du parti al-Oumma (25 ans de prison); Al-Abadelah Ma’a El Aïnine, dirigeant du Parti de la Justice et du développement (20 ans de prison); Hamid Nejibi, membre du Conseil National du Parti Socialiste Unifié (2 ans de prison), et Abdelhafidh Sriti, journaliste d’al-Manar TV (20 ans de prison). Le citoyen belgo-marocain Abdelkader Belliraj, éminent collaborateur des services de sécurité belges et principal inculpé dans ce procès, a été condamné à perpétuité.

Le rapport de la Commission arabe des Droits Humains, la déclaration de Human Rights Watch et la conclusion des Services de Sûreté de l’Etat Belges ne laissent aucun doute sur l’innocence des condamnés : « …la Cour n’est pas parvenue, malgré un an et demi d’audiences successives, à prouver quelconque accusation à l’encontre de ces prisonniers, dont M. Abdelkader Belliraj, … et certains des prévenus ont fait l’objet de poursuites pour le simple fait d’avoir eu des relations avec lui… Les prévenus ont insisté devant la Cour, qu’ils ont été soumis à des interrogatoires musclés et des aveux obtenus sous la torture au centre secret de la police politique de Temara… ». Le dossier de l’accusation est vide. Rien ne justifie que Belliraj et les autres restent en prison.

Ne pouvant pas justifier les violations des droits de l’homme, le manque de liberté d’expression, la fraude aux élections, la corruption, le Maroc a besoin de créer des terroristes pour se présenter aux gouvernements européens et aux Américains comme le rempart contre le terrorisme. Son message : « Nous emprisonnons tous ceux qui peuvent constituer un danger pour vous. Vous devez nous y aider. » C’est ainsi que Rabat parvient à gagner le soutien de l’Occident.

Nous sommes face à un terrorisme d’Etat. Le comble est que cet Etat est soutenu par des pays, des parlementaires et des personnalités européennes qui vantent la réussite économique du Maroc et le fait que ce pays est un rempart contre le terrorisme au moment où le pays est un véritable terreau du terrorisme à cause de la répression, la corruption, la pauvreté et l’analphabétisme qui touche près des ¾ de la population.

Au niveau régional, les visées hégémoniques du Maroc, ses guerres contre les voisins, ses tensions internes et la nature autoritaire de son régime sont les facteurs principaux de déstabilisation et d’insécurité au Maghreb et au Sahel. Le régime marocain a tout à gagner dans un Maghreb déstabilisé par le terrorisme. En ce sens, Rabat n’a jamais raté une occasion pour affaiblir l’Algérie, particulièrement au plus fort de la décennie sanglante où les armes et les munitions qui arrivaient aux maquis terroristes transitaient avec la bénédiction des autorités marocaines par les frontières de l’ouest. Des preuves accablantes révèlent l’existence d’un complot visant la déstabilisation de toute la région et de l’Espagne. La chronologie des attentats de Madrid en 2004 qui ont bouleversé la politique espagnole par rapport à son ancienne colonie, continuent à soulever des questions sérieuses, surtout si l’on tient en compte que toute la politique marocaine est conditionnée par la situation dans le conflit du Sahara Occidental, appelé par les autorités de Rabat « première cause nationale sacrée ».

Le pouvoir de nuisance du Maroc ira en s’aggravant et sera tenté par la fuite en avant au fur et à mesure qu’il constatera qu’il est dans une impasse dans les dossiers vitaux, le Sahara Occidental et l’image du Maroc pour obtenir le statut avancé avec l’UE.

Cette vérité ne sera pas couverte par la propagande qui pointe du doigt l’Algérie pour son soutien au Front Polisario et au peuple sahraoui. Le Maroc est aussi soutenu par des pays puissants tels que la France. Cette propagande est poussée par la jalousie envers un pays dont la victoire contre le fléau terroriste et sa renaissance fondée sur sa politique de réconciliation a fait basculer le rapport des forces pour s’élever au rang de véritable puissance régionale avec une réelle capacité stratégique et opérationnelle pour sécuriser non seulement la région du Maghreb mais aussi le Sahel.

L’Algérie a toujours été à la hauteur de ses responsabilités dans les conflits des pays voisins originé par la rébellion des touaregs et elle est le seul Etat de la région ayant les moyens et la détermination nécessaires pour combattre les risques d’insécurité et de déstabilisation en Afrique. À ce titre, rappelons les accords de paix signés en 1996 au Niger, sous le parrainage de l’Algérie, rétablissant le calme dans la région. Ou encore le rôle de premier plan d’Alger, en mars 1995, à Tombouctou, au Mali. Dans les deux pays, des rebelles ont été intégrés dans l’armée régulière. Citons également dans ce sens la médiation algérienne qui déboucha sur un accord de paix signé le 4 juillet 2006.

Ainsi, le principal facteur de déstabilisation est et restera la monarchie marocaine aussi bien au niveau du Maghreb qu’en Afrique où il entretient des relations étroites avec les régimes les plus sanguinaires du continent (Gabon, Guinée Equatoriale, Congo, Niger…)

Tant que le Maroc ne respecte pas les frontières de ses voisins, de tous ses voisins, personne ne croira à son rôle dans la stabilité dans la région et le réveil de vieux démons liés au projet du Grand- Maroc, auquel le palais royal n’a pas renoncé, peut encore le pousser à revendiquer une partie des territoires algériens, mauritanien et malien.