La France colonialiste et le Sahara Occidental

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Par Yusef Brahim

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Dans le conflit du Sahara Occidental, qui date de 34 ans, la France soutient ouvertement les positions marocaines sur le dossier. Cette attitude fait partie d’une politique française qui veille à ne rien imposer au Maroc et cela jette un brin de suspicion sur l’arrière-plan des résolutions du Conseil de Sécurité qui soutiennent un « règlement mutuellement acceptable ». Est-ce dans le but de chercher une solution qui convient aux deux parties ou juste une manœuvre pour prolonger indéfiniment ce statu quo? Dans le passé, les relations personelles entre Jacques Chirac et Mohamed VI justifiaient en partie cet alignement français aux thèses annexionnistes marocaines et son soutient à ce qu’on a voulu appeler comme plan d’autonomie marocain. Mais avec l’arrivée du Président Sarkozy à l’Elisée, les sahraouis croyaient que les choses allaient changer vers un positionnement plus neutre de la part de la France, surtout après la visite effectuée par Sarkozy en Algérie le 4 décembre 2007, lorsqu’il a condamné le colonialisme en soulignant qu’il est « contraire aux trois mots fondateurs de notre république : liberté, égalité, fraternité ». Les Sahraouis et les Algériens ont pensé que ces mots constituaient un élan d’ouverture et de réconciliation de la France avec son passé qui perturbe tellement la politique de son présent.
Dans le jeu géopolitique au Maghreb, la France croit garder un équilibre dans ses relations avec Rabat et Alger comme moyen de préserver la stabilité de la zone, alors qu’en réalité elle ne fait que jeter de l’huile sur le feu, en encourageant ainsi la continuité de la tension entre les deux pays maghrébins et en enterrant, de la sorte, à jamais, le rêve d’un bassin méditerranéen paisible et prospère. Dans un entretien accordé au quotidien tunisien La Presse à l’occasion de son déplacement au Maghreb les 10 et 11 juillet 2007, Nicolas Sarkozy s’est exprimé à ce sujet en déclarant : « J’ai toujours pensé qu’il fallait faire de la Méditerranée un espace de coopération. J’ai plusieurs fois eu l’occasion de le dire : En tournant le dos au Méditerranée, l’Europe a cru tourner le dos à son passé; elle a en fait tourné le dos à son avenir. L’avenir de l’Europe et de la France, j’en suis convaincu, se joue aussi, et peut-être d’abord, en Méditerranée ». Sage réflexion. Seulement, cela n’est pas réalisable tant que la France continue à soutenir l’agression et les violations des droits de l’homme au Sahara Occidental et à tourner le dos aux revendications du peuple sahraoui. Comment Sarkozy peut-il imaginer un espace méditerranéen sans résoudre le problème du Sahara Occidental?
Les milieux occidentaux pro-marocains prétendent que la question du Sahara Occidental est très sensible au Maroc. Même si c’est le cas, a-t-on le droit de mettre à côté toutes les résolutions des Nations Unies sorties depuis plus de trois décennies et qui ont toutes le même langage : A savoir, le peuple sahraoui, comme tous les peuples, a droit à l’autodétermination.
L’hypocrisie du gouvernement française est cachée derrière une formule qu’on entend tout le temps dans les déclarations publiques des ennemis de ce petit peuple : « La France est avec l’ONU et les efforts du représentant spécial », mais, en même temps, souligne que « le plan d’autonomie constitue une bonne base pour la relance des négociations ». Une contradiction flagrante et grossière! Pourquoi ne pas être plutôt avec le peuple sahraoui et la légalité internationale? Pourquoi ne pas être avec la décolonisation pure et simple? Pourquoi ne pas être avec le soutien des droits de l’homme au Sahara Occidental? Pourquoi tourner le dos à l’Algérie alors que c’est dans ce pays que s’abritent les intérêts économiques et géostratégiques de la France? La France a besoin de l’Algérie, symbole de puissance régionale, de sécurité énergétique, stabilité économique et, de par son propre expérience, rempart dans la lutte contre le terrorisme international. En matière d’échanges économiques avec la France, l’Algérie dépasse largement le Maroc, sans oublier les liens culturels et les liens de sang qui partagent les deux pays. Si la France n’a pa pu expier ses crimes en Algérie, au moins elle pourrait faire semblant de ne pas se mêler des problèmes existants entre les deux pays voisins. Mais non, tout le contraire. La France colonialiste et schizophrène, comme d’habitude et comme la plupart des pays européens, pratique les droits de l’homme à géométrie variable. Comme c’est beau tout ce cirque médiatique fait autour de la Chine, alors qu’on se tait au sujet des massacres du peuple sahraoui, des palestiniens, des irakiens!
La politique française envers le conflit du Sahara Occidental émane de son esprit colonial. C’est cet esprit même qui la pousse à garder ce que l’on appelle les Départements d’Outremer (DOM) et à refuser de reconnaître ses massacres en Algérie. De ce fait, il convient de saluer la décision courageuse et historique du Président italien Berlusconi d’indemniser toutes les victimes libyennes de l’occupation italienne.
Le rêve de l’empire français est en train de se consommer. Les Antilles, les Mayottes, La Nouvelle-Calédonie ne seront plus des sujets de sa Majesté La France. Les derniers évènements sont la preuve de la naissance de noyaux nationalistes dans ces colonies françaises. Le gouvernement français a répété que ces territoires sont français. Combien de fois on n’a pas entendu « l’Algérie est française ». Sans doute, il continuera à répéter que le « Sahara est marocain ».
Les eurodéputés vont adopter le rapport sur les droits de l’homme au Sahara Occidental. La question qui suscite tous les intérêts est : La France empêchera-t-elle le Conseil de Sécurité, c’était le cas en 2008, de faire de même et proclamer la MINURSO défenseur des droits de l’homme dans cette ancienne colonie espagnole comme? Les jours à venir en seront témoins.

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