Tunisie : Le temps du répit

Ennahdha a obligé à démissionner le gouvernement tunisien précédent, alléguant pour cela un prétexte qui plus que jamais a l’air d’être fallacieux : le conflit d’intérêts dont se serait rendu coupable son chef, Elyes Fakhfakh. Un gouvernement qui de plus avait cette particularité de réussir contre une épidémie qui à peu près partout ailleurs dans le monde se jouait, et se joue encore dans une bonne mesure, de tous les dispositifs déployés pour entraver sa dissémination. En ce moment même, la maladie est en train de retrouver un deuxième souffle là même où à grande peine on était parvenu précédemment à la faire reculer. Le gouvernement Fakhfakh serait louangé de tous côtés, y compris par ses opposants les plus réfractaires à cet exercice, s’il n’était pas tunisien. Et si malgré tout il ne l’était pas, s’il se trouvait en dépit de tout des gens pour critiquer son action, ce ne serait pas au point de vouloir son départ sur-le-champ. Ce précédent ne laisse guère de doute sur le sort qu’attend le gouvernement pour la formation duquel le remplaçant d’Elyes Fakhfakh, Hichem Mechichi, est en train pour le moment de mener les plus larges consultations, tant au sein de la classe politique que de la société civile. Quoi qu’il puisse être, d’union nationale, de coalition, de technocrates ou de politiques, ce gouvernement doit obtenir la confiance d’Ennahdha et de ses alliés, dont au premier chef de Qalb Tounes, pour débuter sa carrière.

En se réglant sur le précédent Fakhfakh, on aurait de bonnes raisons de lui prédire le succès au cours de cette première étape, ainsi d’ailleurs que le montrent les bonnes dispositions dont on fait preuve à son endroit depuis le début et de tous côtés à la fois. Ennahdha, qui a fait partir son prédécesseur non pas sur un fait avéré mais sur une suspicion de corruption, n’est pas la dernière à lui exprimer son soutien et à afficher sa disponibilité à travailler avec lui. On peut donc parier sans grand risque d’être démenti par la suite des événements sur le fait que l’équipe en formation jouira le moment venu, en somme dans pas longtemps, de la confiance de l’Assemblée. On peut d’autant plus se montrer assuré à cet égard que s’il existe aujourd’hui un consensus au sein de la classe politique tunisienne, c’est bien celui d’éviter à tout prix la dissolution. Sans cette répugnance partagée, la confiance serait peut-être soumise à des conditions de la part notamment des formations détenant le plus grand nombre de sièges – non pas d’ailleurs dans l’absolu, il s’en faut, mais en comparaison de ceux des autres. Or le président n’a pas laissé planer de doute quant à sa détermination à dissoudre si les députés faisaient des misères à son nouveau Premier ministre. Non, si des résistances à l’action du gouvernement sont appelées à se faire jour, ce sera plus tard, une fois que celui-ci se sera attelé à la résolution des problèmes économiques du pays, entendu que pour ce qui le concerne l’épidémie, même si elle tente de redresser la tête, n’est pas pour la lui le principal défi à relever. C’est alors qu’il sera avisé de bien faire attention à ce qui se passe autour de lui. Soit en effet il donne le sentiment de gagner des points face à la crise économique, et cela ne peut que mettre Ennahdha et ses alliés en rogne contre lui, qui y verrait une grande menace dans la perspective des élections à venir. Soit il se montre sans ressources devant elle, et alors ses affaires ne s’en arrangeront pas pour autant. Dans un cas comme dans l’autre, il lui faudra compter avec l’hostilité et les manœuvres déstabilisatrices d’Ennahdha.

Le Jour d’Algérie, 9 août 2020

Tags : Tunisie, Ennahdha, El Ghannouchi,

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