Mauritanie : Le procès du siècle

Les « héros » de la décennie noire avec à leur tête l’ex président Aziz sont dans de mauvais draps après la publication du rapport compromettant de la Commission d’enquête parlementaire. Ce rapport -qui a passé au crible les grands dossiers les plus en vue de la gabegie et des malversations à grande échelle de l’ancien régime-est d’autant plus crédible qu’il a bénéficié de toutes les expertises nécessaires, en allant de la Cour des Comptes aux grands cabinets juridiques et financiers de réputation mondiale, entre autres le groupement Taylor Wessing (aspects juridiques), /Matine (gestion technique et opérationnelle) /Gibraltar Advisor (aspects financiers)…

Les enquêtes qui se sont basées sur les auditions des principaux acteurs et sur l’analyse de centaines de documents administratifs, juridiques et comptables ont mis en évidence l’ampleur du pillage qui a mis l’économie mauritanienne à genoux. Au niveau du parlement où le rapport a été présenté et discuté c’est l’union sacrée entre les différents groupes parlementaires (majorité et opposition) qui fut un signe qui ne trompe pas et qui constitue un bond avant pour le parlement mauritanien considéré jusque-là comme une simple chambre d’enregistrement. Et c’est là un bon signe qui montre que rien ne sera plus comme avant.

Le rapport de la CEP a ainsi été remis au ministre de la justice qui va déclencher incessamment la procédure normale et donner ainsi le feu vert pour l’ouverture du plus grand procès du siècle en Mauritanie. Et vu l’ampleur des dégâts et du nombre de personnes impliquées dont des membres du gouvernement et des cadres de la haute administration, on est en droit de s’attendre dans les tout prochains jours à un grand nettoyage au sommet de l’Etat et au niveau de toute l’administration et des sociétés d’Etat. Et c’est d’ailleurs là l’une des principales recommandations du parlement.

Toutes les institutions judiciaires et d’audit, de lutte contre la délinquance financière et économique sont d’ores et déjà en état d’alerte maximale et on pourrait compter sur l’excellent Garde des Sceaux, Mr Haimoud Ramdane pour coordonner tout ça. Et sur ce coup là, le pouvoir du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazwani joue son va-tout et n’a pas le droit à l’erreur. Jusque-là, le président s’en est plutôt bien tiré, en ayant pas tenté d’interférer dans le travail de la commission et le plus difficile a d’ores et déjà été fait. Et pour une fois, le peuple mauritanien espère voir ses bourreaux répondre de leurs actes. Ce serait là un très grand réconfort moral après tant de décennies de privations de ses immenses ressources dilapidés au grand jour et alimentant les paradis fiscaux.

Les pilleurs des deniers publics doivent bénéficier d’un procès équitable et la justice devrait saisir les biens volés et les restituer au patrimoine de l’Etat. Il convient également de mettre en place des gardes fous pour éviter l’interventionnisme et les arrangements tribaux et ethniques, comme on a eu à le voir par le passé, en pareilles circonstances.

Les mauritaniens ont besoin d’un procès exemplaire qui mettra fin aux détournements des deniers publics à grande échelle, à l’impunité et à la banqueroute de l’économie nationale.

Bakari Guèye

Nord Info, 1 août 2020

Tags : Mauritanie, Mohamed Ould Abdelaziz, corruption, CEP,

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