Maroc : Procès après procès, jusqu’à quand ?

L’Association de Défense des Droits de l’Homme au Maroc (ASDHOM) n’a eu de cesse d’alerter sur la dégradation de la situation des droits humains au Maroc et de mettre en garde les autorités contre l’utilisation de l’état d’urgence dicté par la pandémie du coronavirus pour plus de répression.

L’État marocain a fait fi de tous les principes directeurs et les recommandations qu’avaient édictés le secrétaire général de l’ONU et le Haut commissariat aux droits de l’Homme en privilégiant des mesures alternatives qui consacrent le respect des droits humains.

Le Maroc a préféré verser dans le tout sécuritaire et il n’est pas étonnant de le voir apparaitre sur la liste établie par l’ONU parmi les pays qui ont profité de cette crise sanitaire pour régler des comptes avec leurs opposants ou avec ceux qui ont critiqué leur gestion calamiteuse de la crise.

Si quelques libérations ont vu le jour au cours de l’été, comme celle du journaliste Hamid Mehdaoui qui a purgé une peine de trois ans ainsi que celle d’une quinzaine de militants du Hirak du Rif, ce dont nous nous félicitons, nous déplorons et dénonçons toutefois les nombreuses arrestations opérées parmi les journalistes, les Yutubeurs, les rappeurs et les défenseurs des droits humains.

Ces nombreuses arrestations, suivies souvent de détention après condamnation ou de détention préventive, participent de l’engorgement des prisons marocaines où, de l’aveu même du Conseil National des Droits de l’Homme (CNDH), le taux de peuplement explose et dépasse le taux standard établi par le Comité pour la protection contre la torture (CPT). Il va sans dire que ceci favorise la propagation du virus.

Les prisonniers politiques et d’opinion sont en première ligne et souffrent beaucoup de cette situation. Le groupe du Hirak du Rif avait observé une grève de la faim de plus de vingt jours pour protester contre les conditions de détention et demander le regroupement et le rapprochement des familles. La mobilisation des familles et des organisations de défense des droits humains a débouché sur une issue favorable préservant la vie et la santé des grévistes de la faim. L’ASDHOM demande à l’Administration pénitentiaire d’appliquer sans tarder les promesses qu’elle leur a faites.

Une autre grève de la faim, celle-ci toujours en cours, est observée par les sept militants du Hirak de Beni Tidjit, une localité non loin de Bouarfa, région de Figuig à l’est du Maroc. Ces sept militants viennent d’écoper de peines allant d’un à huit mois de prison. Leur tort est d’avoir participé à un mouvement de protestation pacifique en réclamant du travail et une vie digne ! Leurs familles, soutenues par la population locale et les organisations de la société civile, campent jour et nuit depuis presque un mois devant la circonscription de Beni Tidjit.

Si à cela s’ajoute les procès en préparation des journalistes Soulaiman Raissouni et Omar Radi dans un climat de dénigrement, de diffamation et d’attaques orchestrés par les services de renseignements à travers des sites qui leur sont acquis, on ne peut qu’être inquiets et indignés de la dégradation de la situation des droits humains au Maroc, à l’image de ces centaines d’écrivains, de poètes, d’artistes, de cinéastes et d’intellectuels de renom qui ont signé récemment une tribune, intitulée « Cette ombre est là », publiée à grande échelle et où ils dénoncent la répression et la diffamation au Maroc et alertent sur l’état inquiétant des droits humains dans le pays.

L’ASDHOM se joint à la campagne « Action urgente » que mène Amnesty International pour demander la libération immédiate du journaliste Omar Radi afin de lui permettre de préparer sereinement son procès qui s’ouvre le 22 septembre.
L’ASDHOM demande également et pour les mêmes raisons la libération immédiate du journaliste Soulaiman Raissouni dont les audiences d’approfondissement viennent de reprendre le 10 septembre.

L’ASDHOM met en garde les autorités marocaines contre tout esprit de vengeance qui les animent envers les défenseurs des droits humains et les personnes éprises de justice et de dignité.

L’ASDHOM demande, sinon la libération de tous les prisonniers politiques et d’opinion, du moins la satisfaction urgente de leurs revendications légitimes

Bureau Exécutif de l’ASDHOM
Paris, le 12 septembre 2020

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