Les Algériens veulent la récupération de l’argent volé

La comparution des Bouteflika est le dernier de leur souci

Abdelaziz Bouteflika et Saïd Bouteflika ne comparaitront pas dans le procès d’Ali Haddad, dont le verdict sera rendu en délibéré mercredi prochain. Maintenant, c’est officiel. Tout ce qui a été dit à propos de leur présence au tribunal, afin de les confronter à l’ex-patron des patrons, mais aussi à Sellal, Ouyahia, les deux anciens Premiers ministres, qui n’ont cessé de plaider leur innocence, clamant haut et fort, qu’ils n’étaient que de simples exécutants d’ordre provenant du cercle présidentiel, sera mis sur le compte des spéculations.

Ainsi, ni le président déchu, ni son frère et néanmoins ex-conseiller ne seront appelés à la barre, comme cela a été suggéré par les avocats d’Amar Ghoul et d’Ahmed Ouyahia. Le ministère public, par le biais d’un de ses représentants a tranché, en indiquant que la défense des accusés n’a pas formulé une demande pour la convocation de l’ancien président et de son ancien conseiller, Saïd Bouteflika, à l’ouverture du procès.

Il est maintenant clair que les anciens hauts responsables, sur qui pèsent de lourdes charges de corruption et de dilapidation de deniers publics, ont tout tenté pour désengager leur responsabilité, en citant l’ex-président de la République et son frère, mais la justice ne les a pas suivis dans leur démarche, pour la simple raison qu’aucun avocat de la défense n’a formulé officiellement une demande à ce sujet.

En citant les noms du président déchu et son ex-conseiller, accusés et avocats de la défense ont-ils voulu donner au procès une dimension politique, alors qu’il s’agit de la mise à sac de l’économie d’un pays mené au bord de la faillite ? Des milliards de dollars ont été dilapidés dans des transactions bidon, dont une grande partie a été transférée vers des comptes bancaires à l’étranger. 20, 30 ou 50 milliards, peu importe le montant. Les Algériens sont aujourd’hui pertinemment conscients que la convocation des Bouteflika au tribunal n’aurait rien apporté de concret, au sens propre du terme.

D’Oran à Timiaouine et d’Annaba à Tin Zaouatine, en passant par ces lieux-dits que même Google earth ne cite pas, les citoyens dans leur écrasante majorité sont porteurs d’une seule et unique revendication : la récupération par l’Etat de l’argent volé et des biens achetés à l’étranger par les spoliateurs et leurs prête-noms.

Les procès retentissants, les accusations ou les révélations fracassantes font certes partie d’une procédure imposée par les impératifs judiciaires ; les Algériens le savent. Mais l’essentiel reste pour eux le rapatriement de ses richesses détournées par des hommes qui n’ont pas seulement failli, mais trahi leurs responsabilités, en toute connaissance de cause.

Mohamed M

L’Est Républicain, 29 juin 2020

Tags : Algérie, Bouteflika, détournement, argent, Ali Haddad,

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