Le Maroc peut-il faire la guerre à l’Algérie ?

Armements, contrebande, drogue, menaces et sable aux yeux.

Si la doctrine de la «dissuasion par la presse» fonctionne encore entre l’Algérie et le Maroc pour la «sale guerre froide», un discret équilibre vient d’être cassé: la tension monte même si elle est invisible et le terrain est propice à quelques dérapages de basse intensité. Les dernières déclarations du ministre marocain des affaires étrangères ont surpris plus d’un par leur ton agressif à l’encontre de l’Algérie et par son appel, direct et frontal, à l’offensive et à l’action directe. Un ton qui n’était plus de mode depuis le fameux discours du roi Mohammed VI devant les parlementaires marocains dans lequel il prônait l’attaque comme moyen de défense. «Au lieu d’attendre les attaques de nos adversaires pour y riposter, il faut plutôt les acculer à la défensive, en prenant les devants, en anticipant les événements et en y répondant de manière positive.», a-t-il déclaré.

L’Algérie, a toujours préféré l’option du silence et de la retenue comme meilleure réponse diplomatique aux provocations des autorités marocaines, mais les propos du consul du Maroc à Oran ont été la goutte qui a fait déborder le vase. Le fait de qualifier l’Algérie comme « pays ennemi » a été interprété comme un atteinte aux us diplomatiques et aux règles minimales de bon voisinage. A cela s’ajoute la décision de Rabat de construire une base militaire près de la frontière algérienne en vue d’y installer des équipements d’espionnage et de guerre électronique offerts par l’entité sioniste.

Depuis quelques années, le Maroc multiplie les annonces de fausses acquisitions de sous-marins et d’autres équipements militaires. Rarement l’appel à la guerre n’a été aussi direct. Bluff ou pas, il faut savoir que la guerre «basse» entre les deux voisins se fait par la presse, par la course aux équipement militaires, mais aussi par les déclarations d’intention d’achat même si cela n’est pas vrai, ou ne se concrétise pas. Cette guerre des achats d’armement dure depuis des décennies et s’appuie sur des analyses tombées dans le domaine public: avantage quantitative et qualitative pour l’Algérie. L’Algérie est présentée comme offensive dans sa politique de modernisation, d’acquisition et de fabrication.

Après avoir échoué à faire vendre sa pseudo-solution d’autonomie au Sahara Occidental, le Maroc joue les trouble-fêtes avec l’Algérie. La stratégie de Rabat envers le voisin de l’Est est basée sur une analyse biaisée de la situation dans le pays voisin, une analyse qui semble s’appuyer sur le prétendu constat d’une faiblesse politique interne due à la transition bloquée, ou en cours en Algérie, paralysie de la classe politique locale, maladie de Bouteflika et la présence du Hirak ont laissé croire peut-être à une faiblesse chez le voisin et à une opportunité de préciser les menaces. A cela s’ajoute le besoin impérieux du Royaume de mobiliser les foules sur autre chose que les échecs répétitifs dans le dossier du Sahara Occidental et les succès du Front Polisario sur le plan européen. L’Algérie est donc perçue comme un pays affaiblie par son équation impossible à tenir entre un Pouvoir en crise et une demande sociale qui peut déborder sous la formule «printemps arabe». Dans la carte de la région, l’Algérie reste aussi la dernière république debout face au club des royaumes arabes. Le Maroc se verrait bien dans la mission de déclencheur de la chute du voisin à l’instar des Royaumes d’Arabie et du Qatar avec la Syrie, ou l’Egypte par exemple.

L’appel aux armes de Mohammed VI s’explique aussi, selon certains, par la guerre des frontières encours depuis des mois: inondation du marché algérien par le cannabis du voisin et restrictions des contrebandes sur le carburant qui alimentait l’économie de l’Est marocain. Depuis quelques années, c’est quasiment la loi martiale avec «permis de tuer» qui s’applique sur les contrebandiers et trafiquants de carburant vers le Maroc: surveillance armée, loi pénale lourde, peine de prison et traques militaires. L’Est du Maroc est en panne sèche depuis des mois et cela se ressent sur son économie. Le réseau des contrebandiers qui greffait la production algérienne et ses importations de carburant au prix soutenu a fini par peser lourd sur l’économie, mais aussi sur le quotidien des Algériens de la région Ouest. L’Etat avait donc réagit et le Makhzen rebondit sur cette réaction. La contrebande est en effet vitale pour le Maroc et coûte à l’Algérie une bagatelle de plusieurs milliards de dollars en dépense de soutiens à des produits de base (lait, céréales, carburant, médicaments) qui finissent dans les silos du royaume. Une facture qui handicape les finances algériennes et ne nous sert en rien à obtenir un statut de leadership et d’influence dans la région qui se nourrit de nos caisses. Pour le seul cas des céréales, l’Algérie est redevenue en effet, «le grenier du Maghreb» qui fournit en informel la Tunisie, la Libye et le royaume sans contrepartie. «Si seulement ils étaient reconnaissants,» s’exclamera un homme d’affaire oranais à l’évocation du sujet.

Pour la réouverture des frontières, l’Algérie a énuméré les trois conditions d’Alger pour l’ouverture des frontières terrestres. Il s’agit de la coopération du Maroc dans les dossiers de la sécurité, le trafic de drogue et de la contrebande. L’Algérie a cependant ajouté un point sensible : le Maroc doit cesser de considérer l’Algérie comme partie du conflit qui oppose le Royaume au Sahara Occidental. Alger estime surtout que Rabat doit arrêter les campagnes de dénigrement menées par des milieux politiques et médiatiques marocains.

Mauvaise lecture du cas algérien, besoin de propagande interne, soutien des monarchies pour une mission de déstabilisation en Algérie, chantage au blocage de la contrebande, ou garanties de soutiens internationaux, Rabat fait mauvaise lecture des rapports de force. La tentation de faire la guerre à l’Algérie est présente, mais avec une mauvaise lecture des rapports de force. L’Algérie, malgré ses difficultés internes, reste solide avec un statut de partenaire international pour l’Occident, un leader dans la sécurité de la région et des approvisionnements, un partenaire dans la lutte anti-terroriste mondiale et un pivot de la diplomatie africaine. En sus du statut de son armée dans l’échiquier du monde. Le Maroc s’y tromperait, mais il faut dire que la guerre des sables (aux yeux), est aussi une tradition de cette monarchie. En 1963, Hassan II avait fait la même mauvaise lecture sur la «faiblesse algérienne» sur une Algérie qu’il croyait exsangue et divisée au sortir d’une longue guerre de Libération.

Tags : Maroc, Algérie, Sahara Occidental, frontières, trafic de drogue, cannabis, haschich, kif,

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *