La Mauritanie dans le G5 : Un atout qui s’affirme

La Mauritanie accueillera à la fin du mois de juin le prochain sommet du G5-Sahel, dans la ville du Nouakchott. Il sera l’occasion de faire un premier bilan du sommet de Pau (13 janvier 2020). Si on observe des progrès militaires notables de la part des armées malienne et nigérienne, il est difficile d’escamoter le rôle central joué par la Maurétanie au sein FC-G5S (Force Conjointe du G5 Sahel) même si ce dernier pourrait devenir à l’avenir encore plus décisif.

Le sommet de Pau était intervenu il y a de cela six mois afin de recentrer les objectifs de l’opération Barkhane et remobiliser ses partenaires du G5 Sahel. Le moral était au plus bas à la suite à de cuisants revers militaires et certains commençaient à mettre en question l’efficacité réelle, et la légitimité, de l’opération Barkhane. De plus, le sommet de Pau eut également pour effet de redynamiser la coopération militaire infraG5 Sahel dont l’implication de la Mauritanie dans la FC-G5S. Cette dernière, forte de sa redoutable expérience dans l’anti-terrorisme, est, avec le Tchad, le partenaire militaire le plus fiable pour la France dans la maitrise du terrain face aux Groupes Armés Terroristes (GAT). Au-delà des critiques qui lui furent adressées, au même titre que les autres membres du G5, il importe avant tout de voir comment les pays du G5 Sahel surent, immédiatement après Pau, tirer des conséquences et agir afin de transformer la FC-G5S en force véritablement opérationnelle.

Focus sur l’« Armée des Sables »

Entre 2005 et 2010, l’armée mauritanienne fît face à de nombreuses difficultés dans un contexte marqué par une recrudescence d’attentats, d’enlèvements et d’assassinats djihadistes sur son sol. D’une armée structurellement défaillante, Nouakchott est parvenue à renverser en quelques années la tendance pour créer une force cohérente et efficace.

Etat faiblement peuplé (4 millions d’habitants) et très largement désertique, le choix fût fait d’adapter l’armée à son environnement via la dotation d’une doctrine d’emploi tournée vers la guerre asymétrique et la contre-guérilla en milieu désertique/sahélien. Plutôt que d’intégrer des matériels de haute technologie peu endurants au climat extrême et potentiellement mal intégrésà ses forces, l’armée Mauritanienne fit le pari de développer avant tout la formation de ses cadres, ses services de renseignement -aujourd’hui les plus efficaces du G5-,et la dotation d’un équipement efficace et rustique destiné à la guerre en milieu désertique ainsi que des moyens aériens (et navals) adaptés à la contre-guérilla et la lutte contre les trafics (drogue, cigarettes…) : une des principales sources de revenus des cellules et deskatibas djihadistes.

Par ailleurs l’armée mauritanienne a su consolider son unité nationale en promouvant une armée multi-ethnique et ancrée localement. Combiné à des traitements et salaires avantageux, l’armée de Nouakchott évite alors l’écueil de la corruption, pare à l’instrumentalisation des minorités ethniques par les djihadistes et favorise le recueil et l’interprétation du renseignement d’origine humaine. Autant de maux qui affectent encore largement les armées malienne, nigérienne ou burkinabée. Les résultats sont au rendez-vous car le pays ne déplore plus la présence de cellules ou groupes terroristes sur son territoire.

Enfin l’armée mauritanienne a su très tôt nouer des partenariats afin de collaborer et d’apprendre d’une grande variété d’acteurs, notamment la France, et dans de nombreux domaines : état-major, conduite opérationnelle, forces spéciales (un corps d’armée dédié a été créé en juin) …. Elle est en outre un partenaire de l’OTAN.

Pilier de la Force Conjointe du G5 Sahel

A l’origine de la création de la FC-G5S, la Mauritanie est donc historiquement un pilier central de l’organisation. Ses succès et sa maitrise de son territoire sont les preuves que la montée en puissance d’une force sahélienne bien dirigée peut endiguer le terrorisme voire l’éradiquer. L’armée mauritanienne acertes mis du temps pourmettre son bataillon à la disposition de la FC-5GS. Toutefois on n’insistera jamais assez sur le fait que si chaque pays du G5 maitrisait aussi bien son territoire que l’armée mauritanienne, la FC-G5S auraitune utilité plus relative et serait probablement déjà une réalité. En outre, la nature même de l’opération Barkhane incite la France à vouloir s’appuyer sur des zones bien maitrisées par ses partenaires du G5 ou la MINUSMA (ONU) afin de pouvoir concentrer son action sur les GAT dans les zones plus disputées : le marteau et l’enclume en quelque sorte. Enfin, certains biais de fonctionnement entrainaient le retard de l’opérationnalisation effective de la force et de nature à entraver l’efficacité mauritanienne ; des biais que le sommet de Pau a contribué à lever, du moins en partie.

C’est ainsi que le Sommet du 25 Février 2020 à Nouakchott, dans le sillage direct de Pau, permit à la Mauritanie et aux pays du G5 Sahel, d’affirmerl’opérationnalisation de la FC-G5S. Cette dernière est composée de 7 bataillons nationaux (5000 hommes). Elle est organisée autour de trois fuseaux (Mauritanie, Niger et Tchad). Jusque-là, les bataillons étaient assignés aux fuseaux et sans possibilité de déplacement. Aujourd’hui ils sont en mesure de venir en soutien à d’autres bataillons : un gain de souplesse et de réactivité fondamental sur un théâtre d’opération exigeant des concentrations de forces rapides. Une autre disposition fut établie le 25 février : l’allongement du « droit de poursuite » de 50 à 100km des frontières. Une demande récurrente des forces mauritaniennes aux autorités maliennes afin de continuer la traque de djihadistes profitant souvent des contraintes légales des armées sahéliennes et du manque de coordination de leurs forces de sécurité.

La Mauritanie a enfin joué un rôle décisif dans la dotation d’un Etat-Major conjoint à la FC-5GS. D’un point de vue académique d’une part puisqu’elle héberge, depuis 2018, le collège de défense du G5 Sahel. Par ailleurs son expérience en termes de renseignement et de conduite des opérations ont sans nul doute été centraux dans la constitution des Mécanismes de Commandement Conjoint (MCC) avec Barkhane, ainsi que la mise en place du Poste de Commandement Interarmées de Théâtre (PCIAT), qui vient de s’achever au début du mois de juin à Bamako et qui devrait coordonner toutes les initiatives conjointes de la FC-G5S dans le sahel. De facto, son rôle a été important si ce n’est moteur dans la menée des opérations [conjointes] des armées maliennes et nigériennes avec Barkhane ces derniers mois dans les trois frontières.

En définitive il convient de bien préciser que la Maurétanie a joué une part importante dans la montée en puissance et l’opérationnalisation de la FC-G5S, et partant l’autonomisation future du G5. Il faut cependant rappeler que ce n’est encore que des balbutiements. Pau eut pour effet de relancer la machine et consolider les assises,toutefois le futur sommet de Nouakchott sera l’occasion pour la Force Conjointe de définir ce que sera la nature et la réalité de ses engagements. En cela l’influence et l’affirmation de la Mauritanie sera incontournable et décisive : une projection en dehors de ses frontières, de ses forces serait un signal particulièrement inquiétant pour les GAT.

Ben Abdalla

lecalame.info

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Tags : Mauritanie, Sahel, G5, terrorisme, djihad, Boko Haram, AQMI,

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