Algérie : Tous les chemins mènent à bouteflika

Le procès d’Ali Haddad, le tycoon qui est l’emblème même de la corruption à grande échelle sous le régime de Bouteflika, a repris hier au tribunal de Sidi M’Hamed, après une interruption d’audience dimanche, suite au malaise de Laïfa Ouyahia, qui succombera quelques heures plus tard chez lui. Ali Haddad, c’est la farandole vertigineuse des chiffres déclinés à l’audience par le juge, c’est la mainmise sur les projets structurants qui se chiffrent en centaines, depuis que son chemin s’est croisé avec celui de son ami Saïd Bouteflika.

C’est au titre de ces « grands projets présidentiels » qu’il était présent pour répondre d’accusations de corruption, de privilèges indus et bien sûr de financement de la campagne présidentielle. Mais, c’est moins la présence d’Ali Haddad dans le box des accusés que le témoignage de deux témoins clé et pas des moindres, Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal qui permet de comprendre le fonctionnement de la mécanique de la corruption en Algérie. Et si elle a touché tous les étages de l’Etat algérien, en devenant un sport national, cette corruption conduit en dernier ressort à Bouteflika qui en est le parrain, comme dans les traditions napolitaines de Cosa Nostra.

«Il n’est pas de mes prérogatives d’autoriser ce genre de transactions de gré à gré pour les grands projets puisque elles se faisaient sous la supervision du président de la République», a répliqué Ouyahia au juge qui l’interrogeait dans le cadre du dossier de détournement des deniers publics des frères Haddad.« Les projets de l’autoroute Est/Ouest et du port de Djen Djen, c’est une décision exclusive du président de la République, je n’ai fait qu’exécuter ses instructions », assène-t-il en expliquant que d’autres projets sont endossés par le Conseil des ministres. Avec ses propres mots et son style singulier, l’autre ancien Premier ministre Abdelmalek Sellal n’en dit pas moins en cherchant à convaincre le juge que « le chef du Gouvernement n’a pas vocation à octroyer les contrats », laissant entendre que celui qui avait la décision c’était le « boss », comme on l’appelait dans son entourage.

Et Sellal s’en lave les mains des accusations de corruption en faisant savoir que « Pendant la maladie du Président, j’étais chargé de gérer politiquement le pays, jusqu’ à mon départ, les projets n’étaient pas de mes compétences, je ne pouvais pas m’occuper de leur suivi ». En fait, les témoignages des deux anciens Premiers ministres qui renvoient la patate chaude à Bouteflika, en tant que donneur d’ordre principal rend absolument nécessaire sa convocation par la justice ne serait-ce en tant que témoin.

Il est difficile pour le juge, au nom de la lutte contre la corruption, de faire parler la loi dans toutes sa rigueur contre des supposés coupables, sachant que le principal d’entre eux reste hors d’atteinte. Pour la crédibilité de la démarche des pouvoirs publics de combattre la corruption, qui continue d’être accusé, dans cette affaire de « règlement de compte claniques, Bouteflika devrait être convoqué ne serait-ce que symbolique. Fut-il ancien président et Moudjahid. La nouvelle Algérie que veut mettre en œuvre Abdelmadjid Tebboune passe par ce chemin de la justice pour tous.

H.Khellifi

Source

Tags : Algérie, corruption, Bouteflika,

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.