Algérie : Responsabilité

Par Rabah Serradj

Les affaires pour corruption, actuellement traitées par la justice algérienne, laissent l’observateur ahuri face à tant de cupidité et de laxisme durant une période aujourd’hui révolue. Les révélations faites durant les procès confirment si besoin était l’état de fonctionnement de structures censées être les premières protectrices des deniers publics. Il est évident que le sentiment d’impunité à de hauts niveaux de la responsabilité de l’Etat encourageait de tels dérapages durant l’ancien système. D’autant que les structures de protection de l’argent public étaient comme désactivées.

Ces affaires sont symptomatiques d’un système politique qui était arrivé à un niveau de pourrissement insoupçonné. La présence en grand nombre de responsables politiques de premier plan en prison confirme l’impérieuse nécessité de remettre le pays sur les rails après avoir nettoyé les écuries d’Augias. Et quoi qu’en on dise, ce bouleversement ne sera pas sans conséquences sur l’approche future concernant les octrois de postes de responsabilité mais aussi de la gestion de l’argent public.

Bien qu’il fût de tout temps notoirement admis que le système a toujours encouragé des situations d’accaparement illicite et d’états de corruption manifestes, il est consternant aujourd’hui de voir de manière tangible une grande partie pratiquement des personnalités du pouvoir et des affaires passer devant le juge en accusées. Et condamnées à des peines de prison à la mesure des graves accusations dont ils font l’objet.

A la veille de la révision de la Constitution, devenue de plus en plus indispensable afin de signer une rupture radicale avec une période détestable et le début d’une nouvelle ère plus en phase avec un Etat de droit, la question de la responsabilité se pose avec intensité. C’est en ce sens que ces procès au nom du peuple ne sauraient faire l’économie d’un changement fondamental des habitudes et règles de gestion au niveau des institutions de l’Etat. Plus que jamais, il faudrait redonner du sens à l’état de responsabilité.

Reporters.dz, 29 juin 2020

Tags : Algérie, corruption, Constitution,


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