Algérie : Quelle reconfiguration sur la scène politique?

Un nouveau concept  pourrait faire,  d’ici à l’année prochaine,  son apparition dans le champ politique national. Il prendra peut être le nom de cohabitation,  mot devenu familier  en 1986 en France après la victoire de la droite aux législatives sous la présidence du socialiste Mitterrand. Pour la première fois, un président de la République et son Premier ministre étaient issus des rangs de courants politiques opposés. Certains voient dans ce schéma une avancée de la démocratie dans la mesure où là où il y a contrepouvoir.

Les électeurs signifient, de leur côté, aux dirigeants qu’ils n’attendent pas la présidentielle pour exprimer leur mécontentement et un désir de changement. Les sceptiques craignent plutôt les risques de blocage, chacun des pôles cherchant, même si les prérogatives de l’un et de l’autre sont bien définies dans la Constitution, à affirmer son pouvoir. On n’est certes pas dans un cas d’émiettement des forces politiques qui favorise l’instabilité mais la politique n’étant pas toujours de bons procédés, un Président  sans assise politique peinerait à mener sa politique.

Pourra-t-on assister à un tel scénario chez nous lors des prochaines législatives d’autant plus que notre régime s’apparente à celui de ce pays dont on s’est souvent inspiré ? Théoriquement, en vertu du projet de la nouvelle Constitution, cela n’est nullement impossible. Qu’est-ce qui empêcherait un parti de l’opposition ou une coalition de partis de remporter la majorité à l’APN et, de ce fait, avoir la possibilité de nommer un chef de gouvernement ?

De prime abord, cela paraît un signe de rénovation de la vie politique et une rupture salutaire. Le Parlement cesserait d’être une simple caisse de résonance pour l’Exécutif ni sera réduit à cette caricature d’hommes et de femmes à qui on reproche de tout voter sans sourciller.  Mais cette perspective suscite à vrai dire  d’autres questions.  Sur quelle majorité le président Tebboune va-t-il s’appuyer  ?

Après les bouleversements qu’a vécus le pays, depuis plus d’une année, il paraît improbable que le RND ou le FLN jouent ce rôle malgré les appels du pied qu’ils ne cessent de lancer, depuis des mois, et leur disponibilité affichée  à faire réussir le référendum du 1er  novembre prochain. Reste l’option de la création d’un nouveau parti qui défendrait les idées et les projets de Tebboune. Ses déclarations sur sa volonté de se situer au-dessus des partis et son intérêt pour la société civile rendent peu probable ce choix. Mais quel visage prendra sur le plan politique cette dernière et de quel degré d’autonomie pourra-t-elle bénéficier ? Il faudra sans doute attendre les prochaines législatives pour y voir plus clair. On ne peut concevoir un Président sans relais au Parlement où les choses ne peuvent plus rester en l’état. Les contours de l’Algérie nouvelle sont loin d’avoir pris leurs formes définitives.

H. Rachid 

Sud-Horizons, 14 sept 2020

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