Algérie : Le double-jeu des islamistes

Les députés MSP de Makri et ceux d’El Adala de Djaballah n’ont pas pris part à la séance de jeudi, durant laquelle le projet de révision constitutionnelle fut adopté dans des circonstances exceptionnelles. Les deux formations islamistes, qui se sont positionnées depuis leur création à la faveur de la Constitution du 23 février 1989, sur des clivages fictifs les représentant aux yeux des Algériens comme des « frères ennemis », ont donc séché la séance, non pas à cause de leur opposition au contenu d’un texte destiné à devenir l’acte fondateur de la l’Algérie nouvelle, mais par rapport à des formalités liées à la procédure.

Nacer Hamadouche, le président du groupe parlementaire du MSP l’a clairement exprimé, en affirmant que son parti n’a pas boycotté la séance de jeudi, mais s’est abstenu de cautionner une méthode injustifiée selon lui. En termes plus clairs, le MSP n’a ni accepté, ni rejeté le projet de révision constitutionnelle, préférant comme de tradition trancher sur la question en fonction de la réaction des Algériens, le jour du scrutin. Ce n’est pas la première fois que cette confrérie, qui excelle dans la politique de l’entrisme, adopte une telle attitude.

Lorsque Bouteflika avait, dans un ultime réflexe face au mouvement populaire du 22 février, annoncé des élections présidentielles anticipées dans le cadre d’un prétendu nouveau processus de réformes politiques, le MSP a été prompt à réagir, mais sans se départir de cette attitude ambigüe et outrancièrement équivoque : tenir le bâton par le milieu et attendre la direction du vent. Auparavant, lorsque Saïd Bouhadja fut empêché par des moyens caricaturaux à accéder à son bureau, alors qu’il occupait les fonctions de président de l’APN, le parti de Makri s’était réfugié derrière une neutralité peu convaincante.

« On respecte la position de Saïd Bouhadja qui refuse de céder à la pression des députés. Au MSP, on respecte aussi la position des députés de la majorité qui ne souhaitent plus collaborer avec le président de l’APN. Mais on veut savoir les raisons réelles de ce blocage. Le MSP appelle les deux parties au dialogue et se dit prêt à jouer un rôle pour les rapprocher », avait déclaré Ahmed Sadouk, un député MSP.

Pratiquant un équilibrisme primaire et non moins aléatoire, qui dissimule mal les ambitions personnelles de certains dirigeants, la confrérie n’a jamais étalé toutes ses cartes sur la table. Ça a été le cas durant la décennie noire, où hormis l’intermède de Sant ‘Egidio, elle s’est toujours distinguée par une sorte d’ambivalence, qu’elle essaie d’éloigner des regards et des attentions, en focalisant ses interventions sur les questions identitaires et culturelles.

Pour le reste, ce n’est ni noir, ni blanc. Même topo pour Abdallah Djaballah, dont les positions radicales suscitent de nombreuses interrogations. Tout en s’accordant le droit de critiquer sans réserve la politique menée par Tebboune, notamment lorsqu’il est sollicité par la chaîne de télévision Al Awras, cela n’empêche nullement ses lieutenants de tenter de couvrir le réquisitoire de leur chef par des interventions plus conciliantes.

En un mot, que ce soit pour le MSP, El Adala ou les résidus de l’ex-FIS, le double-jeu est une seconde nature dans la grisaille islamiste.

Mohamed M.

L’Est Républicain, 12 sept 2020

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