Comment la France peut éviter une «guerre éternelle» au Sahel

Source : The Economist, 20 fév 2021 (traduit de l’anglais)

Il faudra de la patience et la coopération des alliés locaux

La France mène depuis huit ans une guerre antiterroriste en Afrique. Les combats se déroulent principalement dans trois pays – Mali, Niger et Burkina Faso – et chevauchent une zone quatre fois plus grande que la France elle-même, s’étendant des grandes dunes de la lisière sud du Sahara jusqu’aux broussailles épineuses d’acacias du Sahel.

C’est brutal. L’année dernière, les violences liées aux djihadistes dans la région ont fait environ 6 200 morts. Près de 2 millions de personnes ont fui leurs maisons. Le conflit n’est pas seulement une cause de misère parmi les populations les plus pauvres du monde et celles qui croissent le plus rapidement. Elle menace également de semer le chaos dans les pays côtiers comme la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Bénin, dont la stabilité est essentielle pour que cette immense partie de l’Afrique puisse un jour s’enrichir.

Il y a un an, avec le soutien des dirigeants de la région, le président Emmanuel Macron a mené une mini-vague pour tenter de repousser les djihadistes, ajoutant environ 600 soldats pour porter la force totale de la France, connue sous le nom d’opération Barkhane, à 5100. Travaillant avec les armées locales, les troupes françaises ont remporté de gros succès tactiques, en particulier contre l’État islamique du Grand Sahara (isgs). En bombardant ses cachettes et en poursuivant ses convois de motos et de camionnettes, Barkhane a secoué ce groupe djihadiste.

Pourtant, alors même que les troupes françaises ont martelé des milices liées aux ISG, d’autres, pour la plupart affiliés à une branche d’Al-Qaïda, ont poursuivi leurs activités meurtrières. La cruelle vérité est que la France se trouve à la tête d’une guerre qu’elle aura du mal à gagner et pour laquelle personne n’est particulièrement reconnaissant. Chez lui, Barkhane bénéficie du soutien de tous les partis, mais un nouveau sondage suggère qu’une faible majorité des électeurs français s’opposent désormais à la guerre. Dans la région, où la France a souvent soutenu des autocrates ou fermé les yeux sur les coups d’État dans ses anciennes colonies, elle fait face à des manifestations en cours. Le 16 février, après un sommet avec les dirigeants du Sahel, M. Macron a promis de ne pas retirer immédiatement ses troupes, mais a déclaré que ce n’était pas «une guerre éternelle» (voir l’article).

Les propres armées de la région se sont considérablement améliorées depuis 2013, lorsque les rebelles et les jihadistes ont envahi tout le nord du Mali et marchaient sur Bamako, la capitale. Mais ils sont loin d’être prêts à tenir la ligne sans le soutien des troupes françaises et de la puissance aérienne, la collecte de renseignements américains et la formation d’autres puissances occidentales. Le gouvernement malien contrôle à peine une grande partie du nord ou du centre du pays au-delà de ses plus grandes villes, et ce n’est qu’avec l’aide d’une force de l’ONU de 15 000 hommes.

Il y a aussi des limites à ce que les étrangers lourdement armés peuvent accomplir, comme les armées occidentales l’ont appris en Somalie et en Afghanistan. C’est un combat qui sera finalement gagné ou perdu par les propres gouvernements de la région. Cela dépendra à son tour de la possibilité de regagner la confiance des populations rurales longtemps négligées, qui considèrent souvent les djihadistes comme moins prédateurs et corrompus que l’État. Les gouvernements du Mali, du Niger et du Burkina Faso doivent faire un meilleur travail de fourniture de services tels que l’eau potable, les écoles et les cliniques. Ils devront également lutter contre la corruption et les violations des droits humains. L’année dernière, plus de civils au Sahel ont été tués par des soldats du gouvernement que par des djihadistes. La France et ses alliés occidentaux ne peuvent pas faire grand-chose pour améliorer la gouvernance sahélienne. Mais ils peuvent conditionner davantage leur soutien aux chefs locaux et aux armées à des changements tangibles, tels que la poursuite des soldats accusés de crimes de guerre. La fin des coups d’État, comme celui du Mali l’année dernière, serait également utile.

Si la France veut que les gouvernements du Sahel assument plus de responsabilités, elle devra peut-être accepter que leurs dirigeants puissent entamer des pourparlers de paix avec certains des jihadistes qu’elle combat. Les cessez-le-feu locaux comme celui qui a été instauré à Djibo, une ville du nord du Burkina Faso, pourraient être un point de départ utile et un moyen de permettre aux enseignants et aux infirmières de revenir.

Même si M. Macron voudrait trouver un moyen de ramener les troupes françaises chez eux, il en faudra beaucoup au Sahel pendant des années. Cependant, il n’est pas raisonnable de s’attendre à ce que la France assume seule le fardeau du combat. La région tout entière serait endommagée si les États déjà faibles du Sahel s’effondraient. Les pays dotés d’armées efficaces comme le Ghana pourraient faire davantage pour se protéger en protégeant leurs voisins. Quelques alliés européens de la France se sont avancés avec de petits commandos. D’autres devraient tenir leurs promesses de les rejoindre. Personne ne veut rester coincé dans une guerre éternelle. Mais repousser les djihadistes demandera des troupes, de l’argent, de la coopération et, surtout, de la patience.

Tags : France, Macron, Sahel, Mali, Barkhane, terrorisme,

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