Le Sahara Occidental, otage des soubresauts de l’histoire?

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La fin aux Etats-Unis du mandat du Président Donald Trump semble avoir eu un effet d’accélérateur sur des dossiers jusque-là «dormants». Si le Sahara Occidental n’a pas totalement pâti de la léthargie ambiante, et si de temps en temps des escarmouches sur le terrain sont venus rappeler le sort de ce territoire à la mémoire de la communauté internationale, dans son ensemble, le dossier est quand-même entré dans les méandres d’une diplomatie mondiale et africaine toute tournée vers d’autres impératifs. Et notamment l’hydre des complications de cette pandémie de coronavirus qui touchent toute la planète.

Mais le Sahara Occidental a été aussi, en quelque sorte, pris en otage par les errements d’une politique américaine erratique sous Donald Trump. Le dossier a connu un enlisement remarqué surtout pendant les deux dernières années. Soit depuis la démission pour raison de santé, en mai 2019, de Horst Kolher, le dernier émissaire du Secrétaire général de l’ONU pour ce territoire. Pendant cette vacance d’un poste pourtant stratégique, le dossier a été comme oublié. Non seulement de la part de l’ONU qui maintient pourtant sur place une importante mission de paix, la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara Occidental (MINURSO), mais aussi de la part de l’UA qui, quand elle s’appelait OUA (Organisation de l’Unité Africaine), se montrait très active et plus volontariste sur cette question qu’elle traitait avec la même importance que les luttes pour la libération des territoires encore non-indépendants. La Maroc a toujours contesté que le Sahara Occidental, qu’il revendique comme partie de son territoire, soit à «libérer».

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Tout est-il que le dossier du Sahara Occidental a beaucoup pâti des considérations de politiques intérieures. Et surtout du fait qu’aux Etats-Unis, puissance mondiale en retrait de la plupart des organisations internationales majeures, Donald Trump s’est employé à préparer sa sortie de scène avec des coups d’éclat marquants. Un de ceux-ci a été de pousser à la normalisation des relations de l’allié israélien avec des pays arabes du Moyen-Orient. Mais aussi avec le Maroc.

En Israël, ces actions ont eu un effet enthousiasmant, desserrant pour un temps l’étau judiciaire autour de la personne du Premier ministre Netanyahu, à quelques semaines d’échéances électorales importantes. Désireux d’enfoncer le clou pour marquer l’histoire, Donald Trump a ajouté une cerise non négligeable sur le gâteau de l’amitié américano-israélienne: unilatéralement, il a proclamé la souveraineté marocaine sur le Sahara Occidental. Et, entraînant l’Histoire à marche résolument forcée. Dimanche 10 janvier, les Etats-Unis ont envoyé au Sahara Occidental leur Secrétaire d’Etat adjoint pour l’Afrique et le Moyen-Orient, David Schenker.
Il a symboliquement ouvert dans la ville portuaire de Dakhla, le premier consulat américain au Sahara Occidental, consacrant en quelque sorte la reconnaissance américaine définitive de la souveraineté du Maroc sur le Sahara Occidental, anciennement espagnol.

Alors, enterré le droit du peuple saharaoui que défend son mouvement représentatif, le Front Polisario, à déterminer lui-même son destin ? Une résolution de l’ONU avait pourtant entériné le droit à l’auto-détermination. En 1979, l’OUA s’est prononcée pour un règlement négocié. Et en 1991, un accord fut signé sous l’égide de l’ONU, aboutissant au déploiement de la mission de l’ONU sur le terrain. L’accord établissait un Plan de règlement de la question passant par un référendum d’auto-détermination. La Mauritanie a fini par renoncer à ses prétentions sur ce territoire. Les efforts de l’ONU ont abouti à l’acceptation du principe du référendum, une opération d’dentification devant se charger de répertorier les Saharaouis: 84 251 noms d´individus habilités à voter sur 147 249 requérants ont été identifiés. Mais des divergences persistent. La MINURSO continue de veiller sur le terrain au respect des différents accords.

Les partenaires régionaux et soutiens de la cause saharaouie, l’Algérie en premier mais aussi la Mauritanie, ont continué de suivre cette évolution. Leur soutien multiforme au Front Polisario et aux Saharaouis, était vu jusqu’ici comme gage de stabilité dans la sous-région.

Avec les derniers développements, l’ONU a dû se montrer plus ferme: malgré les manœuvres américaines dans la région, la position d’Antonio Guterres, Secrétaire général, «reste inchangée».

«La solution à cette question peut toujours être trouvée sur la base des résolutions du Conseil de sécurité», a réaffirmé Stéphane Dujarric, le porte-parole du Secrétaire général de l’ONU.

Le Front Polisario se dit toujours en état de légitime défense, surtout après les incidents du 13 novembre dernier, quand le Maroc a envoyé ses troupes à l’extrême sud du Sahara Occidental pour chasser un groupe d’indépendantistes de la zone-tampon de Guerguerat. Ils bloquaient la route donnant accès à la Mauritanie. L’ONU a appelé au calme.
Il faut «éviter toute action qui pourrait aggraver encore une situation tendue», a fait savoir Stéphane Dujarric.

Pour sa part, l’Espagne, ancienne puissance coloniale du Sahara Occidental jusqu’à son indépendance contrecarrée de 1975, réaffirme elle aussi sa préférence pour le respect des résolutions de l’ONU. «La position de l’Espagne est très claire: je respecte les résolutions des Nations-Unies pour trouver une voie de sortie» au Sahara Occidental et au Moyen-Orient. Même position pour l’Algérie qui ne cesse de marteler que sur cette question comme sur d’autres, il faut s’en tenir au respect de la légalité internationale. Elle le fait savoir y compris au travers des manœuvres militaires spectaculaires de ces derniers jours à Tindouf.

Albert S. MIANZOUKOUTA

La Semaine Africaine | 22 Jan 2021

Tags : SaharaOccidental #Polisario #WesternSahara #Maroc DonaldTrump #JoeBiden #Israël

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