Tunisie: dix ans après Ben Ali, l’armée déployée

par Hassan Zerrouky

Que des émeutes éclatent dix ans après la chute de Ben Ali à Tunis et dans plusieurs villes du pays dont Sfax, Sousse, Kaïrouan, Monastir, Bizerte, Gafsa et Kasserine près de la frontière algérienne interroge à plus d’un titre. Et que le Premier ministre Hichem Mechichi ait assuré mardi soir que la colère était légitime au lieu d’invoquer, en guise d’explication, un quelconque complot ourdi par on ne sait qui, voilà qui est à retenir. Reste que quelque 630 personnes ont été arrêtées et l’armée appelée en renfort pour protéger les bâtiments publics.

Plus que le couvre-feu, avancé de 20 heures à 16 heures de jeudi à dimanche, en raison de la propagation du coronavirus, c’est l’interdiction, pour cause de pandémie, de tout rassemblement pour commémorer le 10e anniversaire de la chute de Ben Ali qui a été la goutte de trop. Car le mois de janvier, et singulièrement le 14 janvier, est traditionnellement l’occasion de mobilisations populaires destinées à rappeler aux gouvernants et à la classe politique les promesses de la « révolution du jasmin » d’améliorations sociales pour le plus grand nombre. Faute donc de laisser les gens exprimer pacifiquement leurs revendications, il ne leur restait qu’à braver le couvre-feu pour se faire entendre.

Pourtant, les signes avant-coureurs ne manquaient pas comme en attestent ces multiples rassemblements et protestations sociales dont la Tunisie a été le théâtre durant l’automne 2020. Pourquoi, dès lors, n’avoir rien entrepris afin d’anticiper cette flambée de violence qui a gagné de nombreuses régions du pays ? Est-ce parce que le gouvernement de coalition islamo-libéral de Hichem Mechichi, nommé le 2 septembre et soutenu par Ennahdha, a sous-estimé la gravité de la crise?

Une chose est sûre, la pandémie et le confinement qui s’en est suivi ont plombé une économie déjà ravagée par les choix libéraux des divers gouvernants depuis 2011. La machine économique tourne au ralenti. Le tourisme, source importante de devises, et qui fait vivre quelque deux millions de personnes, est pratiquement en berne. Le chômage est en hausse, la pauvreté progresse, le système de santé, du fait de la pandémie, est sous pression extrême… Plus généralement, avec un PIB en net recul (-9%) par rapport à 2020, le gonflement de la dette publique, l’État tunisien est face à de vraies difficultés.

Depuis la chute de Ben Ali, les onze gouvernements qui ont gouverné le pays « n’ont pas eu de stratégie pour répondre à la question centrale de l’emploi », assure Olfa Lamloum, directrice de l’ONG International Alert en Tunisie. À cette instabilité politique s’est superposée une défiance grandissante des Tunisiens envers les institutions et les politiques comme le montre la faiblesse de la participation électorale.

La colère des jeunes s’explique aussi par les promesses non tenues. En décrochage scolaire et social pour une bonne partie d’entre eux, et en proie à une vraie détresse sociale, le changement de régime après la chute de Ben Ali devait se traduire par une vraie justice sociale, une répartition équitable des richesses, une réduction du chômage et de la précarité. Et non par une sorte d’immense ratage avec pour tout horizon l’exil à travers la « harga ». Dans l’euphorie du « printemps arabe », cette jeunesse et une bonne partie des Tunisiens ont cru un peu vite aux promesses du G-8 (les États-Unis et leurs alliés) qui, au sommet de la Baule (26-27 mai 2011), avait promis 20 milliards de dollars d’aide, en soutien aux « révolutions égyptienne et tunisienne » ! Au lieu de cette aide mirobolante, la Tunisie a eu droit au FMI et à ses conditionnalités socialement douloureuses pour les couches populaires!

Est-ce à dire que tout est foutu, que la chute de Ben Ali n’aura été qu’une manipulation « impérialiste », une de plus, contre, pourtant, l’un de ses plus fidèles obligés et alliés comme se plaisent à l’expliquer les complotistes de tout bord ? Le vrai complot n’est-il pas d’empêcher la Tunisie de devenir une vraie démocratie politique et sociale afin qu’Israël reste le seul îlot démocratique au sein d’un Moyen-Orient et Nord-Africain fait d’Etats autoritaires et dictatoriaux.

Les acquis démocratiques sont là. L’État de droit est une réalité. La justice est indépendante. La liberté d’expression et celles de la presse et de réunion est une réalité confortée par la loi. Personne n’est jeté en prison comme sous Ben Ali pour avoir exprimé une opinion, ou accusé de complot contre l’État.

En fait, le vrai ratage est que la transition politique et institutionnelle tunisienne ne se soit pas accompagnée d’une transition économique et de progrès social pour le plus grand nombre.

Que des émeutes éclatent dix ans après la chute de Ben Ali à Tunis et dans plusieurs villes du pays dont Sfax, Sousse, Kaïrouan, Monastir, Bizerte, Gafsa et Kasserine près de la frontière algérienne interroge à plus d’un titre. Et que le Premier ministre Hichem Mechichi ait assuré mardi soir que la colère était légitime au lieu d’invoquer, en guise d’explication, un quelconque complot ourdi par on ne sait qui, voilà qui est à retenir. Reste que quelque 630 personnes ont été arrêtées et l’armée appelée en renfort pour protéger les bâtiments publics.

Plus que le couvre-feu, avancé de 20 heures à 16 heures de jeudi à dimanche, en raison de la propagation du coronavirus, c’est l’interdiction, pour cause de pandémie, de tout rassemblement pour commémorer le 10e anniversaire de la chute de Ben Ali qui a été la goutte de trop. Car le mois de janvier, et singulièrement le 14 janvier, est traditionnellement l’occasion de mobilisations populaires destinées à rappeler aux gouvernants et à la classe politique les promesses de la « révolution du jasmin » d’améliorations sociales pour le plus grand nombre. Faute donc de laisser les gens exprimer pacifiquement leurs revendications, il ne leur restait qu’à braver le couvre-feu pour se faire entendre.

Pourtant, les signes avant-coureurs ne manquaient pas comme en attestent ces multiples rassemblements et protestations sociales dont la Tunisie a été le théâtre durant l’automne 2020. Pourquoi, dès lors, n’avoir rien entrepris afin d’anticiper cette flambée de violence qui a gagné de nombreuses régions du pays ? Est-ce parce que le gouvernement de coalition islamo-libéral de Hichem Mechichi, nommé le 2 septembre et soutenu par Ennahdha, a sous-estimé la gravité de la crise?

Une chose est sûre, la pandémie et le confinement qui s’en est suivi ont plombé une économie déjà ravagée par les choix libéraux des divers gouvernants depuis 2011. La machine économique tourne au ralenti. Le tourisme, source importante de devises, et qui fait vivre quelque deux millions de personnes, est pratiquement en berne. Le chômage est en hausse, la pauvreté progresse, le système de santé, du fait de la pandémie, est sous pression extrême… Plus généralement, avec un PIB en net recul (-9%) par rapport à 2020, le gonflement de la dette publique, l’État tunisien est face à de vraies difficultés.

Depuis la chute de Ben Ali, les onze gouvernements qui ont gouverné le pays « n’ont pas eu de stratégie pour répondre à la question centrale de l’emploi », assure Olfa Lamloum, directrice de l’ONG International Alert en Tunisie. À cette instabilité politique s’est superposée une défiance grandissante des Tunisiens envers les institutions et les politiques comme le montre la faiblesse de la participation électorale.

La colère des jeunes s’explique aussi par les promesses non tenues. En décrochage scolaire et social pour une bonne partie d’entre eux, et en proie à une vraie détresse sociale, le changement de régime après la chute de Ben Ali devait se traduire par une vraie justice sociale, une répartition équitable des richesses, une réduction du chômage et de la précarité. Et non par une sorte d’immense ratage avec pour tout horizon l’exil à travers la « harga ». Dans l’euphorie du « printemps arabe », cette jeunesse et une bonne partie des Tunisiens ont cru un peu vite aux promesses du G-8 (les États-Unis et leurs alliés) qui, au sommet de la Baule (26-27 mai 2011), avait promis 20 milliards de dollars d’aide, en soutien aux « révolutions égyptienne et tunisienne » ! Au lieu de cette aide mirobolante, la Tunisie a eu droit au FMI et à ses conditionnalités socialement douloureuses pour les couches populaires!

Est-ce à dire que tout est foutu, que la chute de Ben Ali n’aura été qu’une manipulation « impérialiste », une de plus, contre, pourtant, l’un de ses plus fidèles obligés et alliés comme se plaisent à l’expliquer les complotistes de tout bord ? Le vrai complot n’est-il pas d’empêcher la Tunisie de devenir une vraie démocratie politique et sociale afin qu’Israël reste le seul îlot démocratique au sein d’un Moyen-Orient et Nord-Africain fait d’Etats autoritaires et dictatoriaux.

Les acquis démocratiques sont là. L’État de droit est une réalité. La justice est indépendante. La liberté d’expression et celles de la presse et de réunion est une réalité confortée par la loi. Personne n’est jeté en prison comme sous Ben Ali pour avoir exprimé une opinion, ou accusé de complot contre l’État.

En fait, le vrai ratage est que la transition politique et institutionnelle tunisienne ne se soit pas accompagnée d’une transition économique et de progrès social pour le plus grand nombre.

Le Soir d’Algérie, 21 jan 2021

Tags : Tunsie, printemps arabe, Benali,

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