Qui finance réellement Jeune Afrique ? Décryptage des liens occultes entre pouvoir et médias

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Publié le 27 février 2015 par Armis OWONO MVE

Les entreprises gabonaises semblent avoir pris le relai pour donner bonne presse au régime en place au Gabon. C’est du moins ce que j’ai constaté dans le dernier numéro de l’hebdomadaire Jeune Afrique.

J’ai été amené à m’intéresser sur les possibles liens entre le pouvoir en place au Gabon et l’hebdomadaire Jeune Afrique au regard du traitement de faveur que le magazine international « indépendant » africain réserve au régime en place.

Ce qui a d’abord retenu mon attention, c’est qu’à chaque fois que le Gabon connaît une crise quelconque, tous les médias en parlent en termes de malaise. Jeune Afrique est toujours seul à penser que tout va bien dans notre pays. Lorsque la crise est réelle comme en ce moment, le célèbre magazine africain trouve le moyen de ne pas y voir une dégradation complète de la situation. Une façon non pas de dire qu’il n’y a pas crise, mais de dire qu’elle n’est pas aussi grave qu’on le pense.

Lorsque j’achetais le dernier numéro (2824) du 22 au 28 février 2015, une femme à côté de moi qui l’avait certainement lu avant, me dit : « voilà un qui va gommer les mensonges du Gabon ». J’essaie d’en savoir plus, elle m’explique qu’il y a beaucoup de mensonges dans ce numéro. Curieux de découvrir de quoi il était question, je m’assois dans un café et j’ouvre le magazine.

Au-delà du traitement de l’information qui ne m’intéresse pas dans la mesure où il correspond à une ligne éditoriale, j’ai constaté que la rubrique Le plus de Jeune Afrique consacré essentiellement au Gabon comporte 46 pages (de la page 67 à la 113) dont 18 publicités des entreprises gabonaises.

C’est d’ailleurs la seule rubrique qui comporte une publicité sur une page entière après chaque 2 pages en moyenne. Impossible de passer sans regarder la dernière page et l’arrière de couverture où là encore on retrouve des entreprises gabonaises.

Le magazine compte au total 32 espaces publicitaires, les entreprises gabonaises en occupent 21, soit un pourcentage de 65% d’occupation d’espaces publicitaires. Et sur les 21 publicités dédiées aux entreprises gabonaises, on note 18 qui sont affichées sur la partie réservée au Gabon.

Quand on compare les publicités qui sont affichées sur d’autres rubriques aussi importantes, comme Grand Angle où il est question des « 50 qui font la Côte d’Ivoire » (de la page 22 à la page 36, soit 14 pages) ; mais aussi la rubrique Afrique subsaharienne dédiée au « Sénégal, les 3 frères », on ne voit apparaitre aucune publicité.

Le partage est fait de telle sorte qu’avant la rubrique consacrée au Gabon, on retrouve 7 publicités. Il y en a aussi 7 après.

Ce décryptage permet de comprendre que les entreprises gabonaises contribuent à près de 70% dans le rendement publicitaire du magazine Jeune Afrique. Un positionnement qui permet aussi de comprendre le traitement de l’information en faveur du pouvoir en place.

La première chose que l’on pourrait constater c’est que ce sont des entreprises paraétatiques et privées de très grande renommée.

Si je ne peux établir des liens ou des affiliations entre les dirigeants de ces entreprises et les représentants du régime en place au Gabon, je suis tout de même certain que beaucoup de ces entreprises ne sont pas prêtes à afficher leur marque dans un média où « l’on critique le Président de la République en longueur de journée », m’a dit un jour un des hauts dignitaires d’une des entreprises annonceurs dans le magazine.

Ce qui permet de comprendre ces faveurs dévouées au régime et au parti au pouvoir. Pour ma part, je ne saurai blâmer la rédaction de Jeune Afrique, étant donné que « personne ne paie pour être insulté », avait déclaré un des journalistes sénégalais au service de Karim Wade. Mais quand même les gars, faites un peu semblant. Il y va de votre crédibilité. On risquera de ne plus vous lire.

Source : La République magazine, 27 fév 2015

Tags : Jeune Afrique, France, Afrique, Françafrique, médias, dictatures, propagande,

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