Le Maroc marcherait-il sur les traces des Emirats et du Bahreïn ?

En mai 2018, le Maroc, de but en blanc autant dire, rompait ses relations diplomatiques avec l’Iran, sous le prétexte aussitôt démenti par celui-ci d’une coopération avec le Front Polisario. Avant d’en arriver à cette extrémité, les relations entre deux pays, en général commencent par s’aigrir, à aller moins bien qu’auparavant, à l’image d’une machine qui se met à avoir des ratés. Puis, si aucun réchauffement ne survient, ces relations ont tendance à se raréfier : des rendez-vous sont pris qui en fin de compte sont annulés.

Comme pour tout processus, cela prend du temps. La dégradation passe par des phases successives, la plupart d’ailleurs inconnues du grand public, qui ne prend connaissance d’elle que lorsqu’échappant à tout contrôle, elle surgit à la surface. Ce qui n’arrive jamais sans qu’une circonstance extérieure, en elle-même étrangère à cet aigrissement, n’offre la fissure par laquelle le trop-plein de pression se diffuse à l’air libre. Pour que les choses en arrivent à ce point entre deux pays, la première condition est qu’ils soient à cet égard sur la même longueur d’onde. Ça ne va plus entre eux, et les deux non seulement en savent quelque chose, mais y sont également responsables, y contribuent l’un comme l’autre, l’un non moins que l’autre.

Cependant même quand la rupture a suffisamment mûri et qu’il ne s’agisse plus que de l’annoncer au monde, il y a encore moyen de la retarder en acceptant la médiation d’un ou de plusieurs amis communs. Pour autant, il est rare que deux pays géographiquement à bonne distance l’un de l’autre entrent dans un conflit d’une acuité telle qu’il culmine dans leur rupture pure et simple.

De nos jours d’ailleurs il revient en général au même de rompre ses relations diplomatiques avec un pays ou de fermer ses frontières avec lui, car c’est toujours avec un voisin qu’on a le plus tendance à aller jusqu’au bout. On imagine dès lors la surprise des Iraniens apprenant que le Maroc a décidé de rompre avec eux. Ils ne se connaissaient aucun différend avec lui, et puis voilà que brusquement, brutalement, il leur demande de rappeler leur mission diplomatique. Leur première réaction a été la surprise, puis la perplexité, et enfin l’incrédulité mêlée à l’envie d’en rire. Mais comme ils ne sont pas nés de la dernière pluie, qu’ils savent comment va le monde, ils ont vite compris qu’en fait le Maroc venait de faire savoir dans quel camp il se rangerait dans la guerre en préparation contre eux, dont les répercussions ne seraient pas que locales.

Etant parvenu à la conclusion que cette guerre est à la fois inévitable et proche dans le temps, le Maroc s’empressait de se positionner de manière à en tirer le moment venu le meilleur parti possible. Pas dans le Golfe, bien sûr, non, mais dans son environnement immédiat, dans le Maghreb, et au détriment de l’Algérie, son ennemi préféré. Il lui a alors semblé que la première chose à faire dans ce but, c’était d’afficher sa disponibilité à s’y inscrire. De là son invention d’une coopération militaire entre le Front Polisario et l’Iran, seul prétexte s’offrant à lui pour justifier sa rupture avec le pays éloigné, avec lequel il n’échange rien ou quasiment. Or depuis lors, il y a eu du nouveau, qui fait aujourd’hui l’actualité : la normalisation des Emirats et du Bahreïn avec l’Etat d’Israël.

Cette normalisation, si accordée à sa rupture par provision avec l’Iran, signifie pour lui que la guerre programmée approche à grands pas. Elle serait déjà là, ou quasiment, si en plus des Emirats et du Bahreïn, il y avait l’Arabie saoudite pour faire exactement comme eux. Il n’y aurait pas lieu donc de s’étonner si on apprenait prochainement qu’entre autres pays arabes désireux de suivre l’exemple des deux monarchies du Golfe figure la seule monarchie du Maghreb.

Le Jour d’Algérie, 15 sept 2020

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