Relations avec Israël La Mauritanie va-t-elle prendre le pas des Emirats ?

Les Emirats Arabes unis (EAU) viennent de rétablir leurs relations avec Israël. Une décision critiquée par les Palestiniens et une grande partie du monde arabe, mais soutenue par la Mauritanie.

Dans un communiqué publié il y a quelques jours, la Mauritanie a en effet salué l’événement, soulignant être « convaincue que les Émirats arabes unis prennent en compte les intérêts de la nation arabe et du peuple palestinien et leurs souffrances suite à l’occupation israélienne et ce, dans toutes leurs positions qu’ils adoptent ». La déclaration « a loué la sagesse et le bon sens marquant le jugement des dirigeants des Émirats arabes unis et pour les grands sacrifices et les immenses services qu’ils ont rendus au profit des causes arabes, en particulier la cause palestinienne ».

La position de la Mauritanie dans cette question est somme toute, normale, pour tous les observateurs qui relèvent la nature des relations particulièrement cordiales entre la Mauritanie et les Emirats arabes Unis. On se rappelle que la Mauritanie qui avait rompu en 2017 ses relations avec le Qatar accusé de soutenir le terrorisme, avait initié depuis, de nouveaux rapports d’amitié avec les EAU. Une disposition confortée par des actes de coopération et des rencontres officielles de part et d’autre des deux pays, dont la dernière n’est autre que le déplacement en février dernier du président Ould Ghazouany objet d’un accueil princier à Abou Dhabi où il a décroché plusieurs accords et protocoles d’accords dont une allocation de 2 milliards de dollars, soit 38% du PIB mauritanien en 2018. L’occasion avait été aussi saisie par les officiels pour décider de la suppression du visa entre les deux pays et le renforcement de la coopération militaire et sécuritaire.

Pour autant, la Mauritanie est-elle enclin à suivre l’exemple Emirati pour sceller de nouveaux rapports avec Israël ? Perspective difficilement envisageable pour l’heure, au vu de l’influence des Islamistes dans le pays mais aussi de la pression d’une rue résolument opposée à l’Etat d’Israel. Confronté à nombre d eproblèmes, le tout nouveau Pouvoir de Nouakchott ne peut pas se payer le « luxe » d’ouvrir à court terme,d’autres fronts de trension.

Etablies par l’ancien président mauritanien Maouiya Ould Sid’Ahmed Ould Taya en 1999, sous des pressions exercées par des puissances occidentales, les relations diplomatiques entre la Mauritanie et Israël avaient suscité beaucoup de controverses dans ce pays. Elles demeureront jusqu’en janvier 2009, peu avant que le président Mohamed Ould Abdel Aziz annonce leur « gel » à Doha. C’était la réponse du Pouvoir aux nombreuses marches dirigées par des imams organisées à Nouakchott contre la violence terroriste, mais aussi contre la présence de l’ambassade d’Israël en Mauritanie.

Cette décision avait été ovationnée par le monde musulman. Un accueil triomphal avait été réservé à Aziz à son retour à la capitale qatarie. Mais la proclamation du « gel » de ces relations n’avait pas convaincu les dirigeants de l’opposition qui, à chaque occasion, demandaient au président de s’expliquer sur le caractère et la portée de sa décision envers Israël.

Le 20 mars, au cours d’un meeting des partis de la majorité, Mme Naha Mint Mouknass, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, interviendra pour couper l’ herbe sous les pieds de l’opposition en proclament : « La Mauritanie a décidé de rompre complètement ses relations avec Israël ». Cette déclaration qui avait mis fin à toute équivoque ou spéculation sur l’éventualité d’une relance des relations diplomatiques entre la Mauritanie et Israël, avait été prise la veille de l’arrivée en Mauritanie du Guide de la Révolution libyenne Muammar El Khaddafi. Les deux faits n’étaient pas sans rapport, pour les observateurs qui estimaient que l’hôte.

MOM

L’Authentique, 27 août 2020

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