Turquie – Grèce : Risque d’embrasement

Revendications

Depuis quelques semaines déjà, un conflit aux ramifications dangereuses se tient dans la mer méditerranéenne entre la Turquie et la Grèce. Le ton ne cesse de monter entre les deux pays alors que Paris a récemment pris position sur le terrain pour défendre les intérêts grecs et que Berlin fait son possible pour minimiser les dégâts. Toutefois, et cela est assez rare pour être souligné, Recep Tayyip Erdogan, qui n’hésite habituellement jamais à choisir la voie de la provocation plutôt que celle de la médiation, semble prêt au dialogue avec Athènes sans «conditions préalables» à propos du différend qui oppose les deux alliés de l’Otan sur la recherche d’hydrocarbures en Méditerranée orientale.

«La Turquie est prête à un dialogue sans conditions préalables pour un partage équitable», a déclaré mardi, le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, lors d’une conférence de presse conjointe avec son homologue allemand, Heiko Maas à Ankara. «Mais ce n’est pas possible si la Grèce impose des préconditions», a-t-il ajouté.

L’Allemagne, qui assure la présidence tournante de l’UE, s’est engagée dans un effort de médiation afin d’apaiser les tensions entre la Grèce et la Turquie dont les recherches d’hydrocarbures menées unilatéralement ont provoqué une crise régionale. La découverte ces dernières années d’importants gisements gaziers en Méditerranée orientale a aiguisé l’appétit des pays riverains et suscité des tensions entre Ankara et Athènes, qui se disputent certaines zones maritimes.

La visite du chef de la diplomatie allemande, d’abord à Athènes et ensuite à Ankara, mardi, est intervenue le jour même d’exercices militaires rivaux organisés par les deux pays en Méditerranée orientale. Heiko Maas a affirmé à Ankara que la situation entre la Turquie et la Grèce était à un point «très critique». «Personne ne veut résoudre ce différend par un moyen militaire», a-t-il néanmoins assuré, selon la traduction de ses propos en turc. «Il y a une volonté des deux côtés pour le dialogue». Le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, a, de son côté, loué les efforts de médiation de l’Allemagne. Cavusoglu a précisé que sur la demande de Berlin, Ankara a temporairement suspendu en juillet ses activités de forage comme un «geste» pour ouvrir la voie au dialogue.

Mais la signature entre l’Egypte et la Grèce d’un accord délimitant leurs frontières maritimes aurait montré qu’Athènes «n’était pas sincère», selon le ministre turc. «Je voudrais conseiller à la Grèce d’abandonner cette attitude d’enfant gâté», a mis en garde Cavusoglu. «Vous ne pourrez rien obtenir par le biais du soutien de l’UE. La Turquie est prête à faire ce qui est nécessaire sans hésitation».

Dimanche dernier, Ankara avait décidé de prolonger la présence de son bâtiment sismique Oruç Reis dans une zone revendiquée par Athènes jusqu’au 27 août, entraînant l’annonce d’abord par la Grèce et ensuite par la Turquie de la tenue d’exercices militaires rivaux en Méditerranée orientale. Reste à voir si Athènes acceptera cette main tendue pour tenter de résoudre ce conflit le plus calmement possible ou si, au contraire, la situation va se tendre encore laissant la porte ouverte à un possible affrontement armé sur le terrain, mettant l’UE dans un grand embarras où elle devra choisir entre son membre grec et son allié turc qui joue un rôle capital dans la gestion du flux migratoire venant du Moyen-Orient.

Le Jour d’Algérie

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