Algérie : Un 5 juillet pas comme les autres

Par Najib Istambouli

Alors que l’Algérien a depuis longtemps désappris jusqu’au sens symbolique de la formule «fête nationale», cette fois, elle a été gorgée de sa vraie teneur patriotique à la faveur de deux évènements majeurs décidés par le chef de l’Etat, la libération des détenus du Hirak suivie par le retour des restes des chouhada résistants aux forces coloniales.

Avant ce qu’on peut qualifier de «tournant» ayant marqué le 5 juillet de cette année, cette date et sa charge symbolique avaient été reléguées dans des célébrations désincarnées sur fond de chants patriotiques pour des officiels au garde-à-vous qui s’ennuyaient à mourir dans une besogne protocolaire. Rarement autant que cette fois-ci on n’aura vu une telle osmose entre la population et son Histoire, à travers l’hommage rendu à la mémoire des 24 restes de résistants tués au combat par les forces coloniales il y a plus d’un siècle et demi.

Ce n’est qu’après le tollé soulevé il y a quatre décennies par des intellectuels algériens que l’atteinte à la dignité humaine a été découverte et dévoilée face à une opinion publique atterrée : plus de 150 restes de chouhada étaient gardés en France en trophées de l’horreur. Pire, des crânes étaient exposés au Musée de l’Homme de Paris, avec la mention «Tête de chef arabe», sous le sceau, moins infâmant pour les victimes que pour les auteurs de la fierté macabre, d’«anthropologie physique». Cette découverte a été réactivée ces dernières années par une pétition citoyenne puis reprise par les pouvoirs publics à l’échelle diplomatique et politique, puisqu’impliquant les deux Présidents.

Cette restitution d’une part glorieuse de notre Histoire est, ainsi qu’évoqué lors de l’entretien du chef de l’Etat accordé avant-hier à France 24, qui n’a pas tari d’éloges envers Macron, une indéniable passerelle dans le réchauffement entre les deux pays. L’effort citoyen relayé par les démarches de l’Etat a fini par aboutir au bouleversement historique faisant d’une tentative d’avilissement de la mémoire de résistants héroïques, un retour triomphal vers la terre pour laquelle ils se sont sacrifiés.

L’outrage fait à la mémoire s’est transformé en moment de gloire et on en veut pour preuve le recueillement du nombre important de citoyens qui se sont déplacés au Palais de la culture pour un dernier hommage devant les cercueils de ces valeureux martyrs ainsi que l’accueil à la fois ému et enthousiaste sur les réseaux sociaux à cette opération de réhabilitation de l’Histoire.

Le moment choisi par la Présidence de la République, celui du 5 juillet, n’est évidemment par fortuit, pas plus que ne l’a été, à la veille de la date célébrant l’indépendance, la grâce suivie le lendemain de la libération de figures du Hirak. Ce geste est venu comme un souffle d’apaisement pour calmer les esprits «hirakiens» dont la grogne se retenait sous leur inébranlable valeur de silmya inscrite au fronton de l’entrain revendicatif.

D’aucuns, et la liberté de pensée et de dire est un enrichissement collectif, ont vu dans cette double action, des calculs politiciens pour rassembler les Algériens d’une part et de l’autre, tempérer la colère. Mêmes les pires adversaires du président de la République rétorqueraient que tout chef d’Etat a pour mission de rassembler et de cimenter son peuple, le meilleur liant étant l’Histoire, surtout si comme la nôtre, elle est d’essence révolutionnaire et libératrice.

Quant à tempérer la colère citoyenne en libérant les porte-voix de cette même colère, on en redemande à profusion et seuls des indécrottables nihilistes, de surcroît insensibles au bonheur des retrouvailles familiales, refuseraient de telles mesures d’apaisement.

En somme, sans sombrer dans la tentation du triomphalisme euphorisant, il y a dans ce 5 juillet qu’ont vécu les Algériens, une fois n’est pas coutume, matière à espoir dans les grands choix de réconciliation, ce qui est d’excellent augure pour le futur.

Le Jour d’Algérie, 6 jui 2020

Tags : Algérie, crânes, moudjahidines, colonisation, crimes coloniaux,

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.