Golfe: chemins périlleux pour la monnaie unique

par Akram Belkaïd, Paris


C’est une évidence: il n’y aura pas de monnaie unique entre les pays du Conseil de coopération du Golfe (GCC) en 2010. Annoncée depuis 2007, cette échéance ne pourra être respectée malgré la signature, en début de semaine, d’un accord d’union monétaire entre quatre pays du GCC (Arabie Saoudite, Bahreïn, Koweït et Qatar). Lancé en grande pompe alors que la région attirait tous les regards en raison de son dynamisme économique, le processus a pris trop de retard. D’abord plombées par une inflation élevée et par des divergences concernant le lien entre la future devise unique et le dollar américain, les négociations au sein du GCC ont, en réalité, été rattrapées par la réalité géopolitique régionale.

LE POIDS DE L’ARABIE SAOUDITE

La première alerte est intervenue en 2007 lorsque le Sultanat d’Oman s’est retiré du projet. Le prétexte avancé à l’époque concernait la difficile convergence de l’économie omanaise avec celles de ses voisins. Pour autant, aucun observateur n’était dupe. En adhérant à une union monétaire, Oman, comme ses autres partenaires du GCC, aurait été obligé d’abandonner une part de sa souveraineté comme c’est le cas des pays membres de la zone euro. Et pour les dirigeants omanais, il demeure évident que cette union monétaire ne peut que renforcer l’influence régionale du poids lourd saoudien de la même manière que l’euro a conforté la puissance de l’Allemagne en Europe. Depuis, le discours officiel à Mascate est clair: «les monnaies nationales sont fiables et il n’y aura pas d’adhésion à la monnaie unique du Golfe, ni en 2010 ni en 2100.»

La rivalité plus ou moins avouée avec l’Arabie Saoudite explique pourquoi les Emirats arabes unis (EAU) se sont retirés du projet en mai dernier. Un retrait qui amoindrit considérablement le poids de la future union monétaire du Golfe. Les EAU n’ont pas accepté le fait que le siège du Conseil monétaire du Golfe, institution qui donnera naissance à la future Banque centrale du Golfe, soit installé à Ryad en Arabie Saoudite. Pour le gouvernement fédéral d’Abou Dhabi, le siège de cette banque dont la mission sera de piloter la création de la monnaie unique aurait dû être localisé à Dubaï, émirat qui affiche de grandes ambitions en termes de place financière et qui se pose en rival de centres tels que Singapour, Kuala Lumpur mais aussi Bahreïn. Les EAU ont aussi rappelé qu’ils avaient été les premiers à faire candidature pour obtenir le siège de la Banque centrale du Golfe mais cela n’a pas pesé lors des discussions finales.

QUELLE PARITE AVEC LE DOLLAR?

En définitive, la monnaie unique du Golfe ne devrait pas voir le jour avant 2013 et cela à condition qu’il n’y ait pas d’autre retrait. De même, les obstacles demeurent nombreux à commencer par le lien futur entre la devise commune et le dollar américain. Pour nombre d’observateurs, le fait que le processus d’union monétaire soit contrôlé par l’Arabie Saoudite laisse entrevoir le maintien d’un lien fixe avec le dollar, cela tant que les transactions sur le pétrole continueront d’être libellées en billet vert. Dès lors, on peut se demander à juste titre quelle serait l’utilité d’une monnaie unique dans le Golfe si elle ne contribuait pas à amoindrir l’influence du dollar dans la région.

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