Libya et la défaillance maghrébine

Lakhdar Brahimi, notre ancien ministre des Affaires étrangères, estimait, dans une interview accordée au quotidien national la Tribune, que la solution à la crise libyenne pouvait être maghrébine et suggérait à l’Algérie au Maroc et à la Tunisie, trois pays «directement concernés» de passer à l’action. Alger, Rabat et Tunis doivent «aller à l’ONU et demander un mandat en disant que c’est nous qui aiderons au règlement politique de ce pays», soulignait l’ancien diplomate, actuellement membre du comité des sages constitué par Nelson Mandela en 1997. La réponse des Nations unies ne peut être que positive, disait-il. «Le même mandat doit être demandé à la Ligue arabe et à l’Union africaine (…) Avec un mandat des trois organisations, on peut demander à Monsieur Kadhafi de partir avec dignité et mettre en place une mission de maintien de la paix pour les aider (les Libyens, ndlr) à se réconcilier et à créer une deuxième république.» Est-il besoin de dire que les idées de M. Brahimi sont pleines de bon sens et qu’elles ont toutes les chances de se voir majoritairement adoptées par les peuples et les dirigeants de la région ? Cependant, les paroles de l’homme nous rappellent cruellement que contre toute logique, pas la moindre petite réunion intermaghrébine n’a été tenue ni même envisagée depuis le début de la guerre civile en février dernier. En revanche, et alors que l’intervention étrangère battait son plein, la propagande au goût de pastella vendait à l’opinion internationale des mercenaires et des armes algériens toujours introuvables en Libye. De derrière le rideau, on devinait aisément la main de BHL, le Grand Satan qui est arrivé jusqu’à présent à dicter sa volonté au régime de Sarkozy et aux insurgés, et donc à empêcher une solution. Lakhdar Brahimi sait comme nous tous que le commandeur des croyants lâchera la Libye plus facilement qu’il n’a lâché Ceuta et Melilla s’il le fallait pour continuer à bénéficier du veto français à l’ONU, pour l’aider à consacrer son fait accompli au Sahara occidental. Quant à la Tunisie qui elle-même se trouve sur une pente glissante, il ne faut pas perdre de vue que la première visite d’un officiel à l’étranger du gouvernement issu du «Jasmin» a été dévolue à… la France. Le lieu où se mijotent justement nos blocages et notre empêchement.
M. Z. mohamed_zaaf@yahoo.fr
Le Jeune Indépendant, 06/07/2011

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